Rouge sanglant

rougesanglant

Coeurs sensibles s’abstenir – nouvelle d’horreur
Il y a longtemps, j’ai écrit cette nouvelle. Je l’ai à peine corrigée avant de la mettre en ligne. Soyez donc indulgents… il y a sûrement des fautes ! Au départ, elle était en 5 parties, mais j’ai intégré les parties dans une seule entrée sur ce blog.
Rouge sanglant

Par HeleneCaroline

 

Après avoir travaillé une bonne partie de la journée sur son prochain livre, Dana Nolane déposa sa plume au moment où l’horloge grand-père sonna dix-huit heures. « C’est l’heure », songea-t-elle comme si ce carillon signifiait la fin imminente de quelque chose de précieux. Le téléphone vint interrompre ses pensées cinq minutes plus tard. « Ça y est !», murmura-t-elle comme si le sort en était jeté.
– Oui !?
– Highgate’s pub, ce soir, dix-neuf heures. Venez seule. Je vous y retrouverai.
– Attendez. Comment vais-je faire pour vous reconnaître ?
L’informateur avait déjà raccroché. Dana Nolane considéra un moment le combiné téléphonique en proie à une étrange impression de malaise. La chair de poule s’empara d’elle aussi sûrement qu’elle venait de comprendre qu’il était trop tard pour faire marche arrière. A dix-neuf heures moins cinq, Dana pénétra dans le Highgate’s pub, un endroit sinistre et singulier d’une décoration douteuse qui singeait misérablement le style gothique. La clientèle de l’établissement était tout ce qu’il y avait de plus hétéroclite. On y trouvait des dealers d’extasie en pantalons et vestes de cuir, des bourgeois snobinards en mal de sensation, des cybers mutants percés de la tête aux pieds, de jeunes femelles voyantes aux décolletés plongeants et même des intellos crispés qui jouaient les branchés. Les serveuses semblaient sortir tout droit d’un vieux clip de Michael Jackson et le barman était un bossu aux allures suspectes. Une musique baroque finissait de mettre la touche étrange à ce pub qui portait le même nom que celui d’un cimetière londonien, bien connu pour avoir défrayé les chroniques à plusieurs reprises. Dana Nolane regarda nerveusement autour d’elle à la recherche de son mystérieux informateur. Tous les regards étaient tournés en sa direction. Avec sa tenue et sa coiffure soignée, elle comprit qu’elle ne risquerait pas de se fondre dans la masse et de passer inaperçu.
– Qu’est-ce qu’on vous sert, ma p’tite dame ? Demanda le bossu derrière son bar.
– J’attends quelqu’un, hésita Dana en continuant d’inspecter les lieux.
– Il est peut-être déjà là.
– Vous dites ? Fit-elle en se tournant vers ce drôle de bonhomme au regard de fouine.
Le bossu lui fit signe de se rapprocher du bar. Dana, réticente, étudia l’homme de petite taille. Il ne lui inspirait aucune confiance ; pas plus que ne l’aurait fait le Docteur Frankenstein en personne. Elle fit deux pas en sa direction en serrant plus étroitement son sac à main contre elle.
– Vous dites ? Refit-elle en essayant de cacher sa méfiance.
– Je dis que vous devriez le rejoindre au salon rouge qui se trouve tout en haut de l’escalier, lui dit-il comme s’il lui annonçait là un secret d’état. C’est un salon privé. Il vous y attend.
– Comment savez-vous que… ?
– Il a simplement dit : « une femme du monde viendra ici ce soir ». Il a précisé que vous seriez identifiable comme le nez au milieu du visage.
Dana fut trop nerveuse pour apprécier la plaisanterie. Elle étudia pensivement l’escalier en fer forgé qui grimpait en colimaçon.
– Le salon rouge en haut de l’escalier, donc ?
Le sourire édenté du bossu lui confirma l’information. Dana se fraya lentement un chemin jusqu’à l’escalier lugubre dont les motifs originaux n’avaient rien de bien rassurants. La faune locale semblait s’être donnée rendez-vous au Highgate’s pub. Il y avait foule. « Ce n’est pas le moment de manquer de courage, ma vieille… » se répéta-t-elle jusqu’au moment où elle poussa les lourdes tentures de velours rouge pour pénétrer à l’intérieur du salon privé en question. Baignée dans une semi-obscurité, la pièce regorgeait de fleurs et de bougies. Dana pensa instinctivement à une horrible mise en scène. Venait-elle de tomber sur un fou des cérémonies orgiaques et démoniaques ? Allait-elle rencontrer un psychopathe à qui elle avait accordé un peu trop de crédit dès le départ ? Dana sentit une présence derrière elle et fit volte face en réprimant un cri de surprise. Une grande silhouette noire se tenait juste derrière elle.
– Ne soyez pas si nerveuse, lui dit-il calmement. Je ne vais pas vous manger !
Dana détailla l’homme vêtu essentiellement de noir. Il avait les cheveux longs, attachés en queue de cheval. Il portait un costume qui lui parut démodé, bien qu’il fût difficile de dire ce qui était vraiment passé de mode à Londres. Son visage était pâle. Dana aurait presque parié qu’il était malade, mais la lueur vive dans les yeux de son vis à vis lui affirma le contraire.
– Je m’appelle Edward Landsdale. Je suis l’informateur.
– Dana Nolane. Je suis l’auteur.
– Ce qui explique maintenant vos nombreuses annonces dans le journal…
– En fait, je cherche des témoignages pour mon prochain bouquin. Je m’intéresse au vampirisme depuis pas mal de temps, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer personnellement un…
– Un vampire ?
– Un témoin ! Mais un vampire ferait tout aussi bien l’affaire ! A laquelle des deux catégories appartenez-vous donc, Monsieur Landsdale ?
Dana regretta aussitôt sa question. Sa franchise risquait de compromettre ses chances d’obtenir des renseignements, d’autant plus que l’atmosphère allait sans doute se dégrader, maintenant que le chat était sorti du sac. L’homme lui souria étrangement. Il l’invita calmement à s’asseoir d’un geste de la main. Dana lui rendit un sourire crispé avant de prendre place dans un fauteuil confortable.
– A cette heure-ci, vous n’avez rien à craindre de moi, lui dit-il en prenant place près d’elle.
– Qu’est-ce qui vous a poussé à répondre à mes annonces ?
– J’admire votre détermination. Et vous ? Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter cette invitation ? Vous auriez pu tomber sur n’importe qui !
– Je souhaitais connaître la vérité sur les vampires. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? D’où viennent-ils ? Où se cachent-ils ? Ce que vous m’avez envoyé par courrier était très intrigant. J’aurais beaucoup de questions à vous poser, Monsieur Landsdale.
– Je vous en prie, appelez-moi Edward.
– Dans ce cas, appelez-moi Dana.
Edward marqua une pause. Il ne s’attendait pas à ce qu’une amitié prenne le dessus. Il considéra un moment cette femme sensuelle et quelque peu provocatrice avant de poursuivre la discussion.
– D’accord Dana. Tout d’abord, j’aimerais que vous me parliez de ce que vous avez découvert sur nous.
– Eh bien… Dans notre monde moderne, les vampires ont le visage du comte Dracula, une création littéraire née en 1897 et que le cinéma a porté au rang de mythe. Le vampirisme, c’est une victoire provisoire sur la mort, par l’absorption de la force vitale d’une victime. Je sais que le vampire paie cher cette survie. Être un vampire, c’est-à-dire un non-mort, c’est avant tout une véritable malédiction qui vous confine dans le royaume peu fréquentable des créatures de la nuit, qui vous oblige à tuer et tuer encore sous peine de disparaître à jamais.
– C’est exact. Le vampire est poussé par un besoin similaire à celui du serial killer qui l’oblige à tuer. Comme le tueur en série, le vampire éprouve la nécessité, qu’il estime vitale pour lui, de voler la vie à ses victimes. Quant à l’érotisme accompagnant l’instant de la morsure dans le cou, pensez-vous qu’elle soit qu’une invention romantique de la littérature et du cinéma ?
– Je dirais simplement qu’il n’y a franchement rien d’érotique à se faire mordre dans le cou par un comte Dracula !
– Croyez-vous vraiment que ce comte Dracula, sorti tout droit de l’imagination de ce vieil Irlandais un peu fou, ait pu être un vampire ?
– C’est à vous de me le dire ! Que représente-t-il à vos yeux ?
Une serveuse ne leur laissa pas le temps de poursuivre leur discussion. Elle apportait un plateau qu’elle déposa près d’eux.
– Un « Special Bloody Mary » pour monsieur et une bouteille de vin rouge pour madame, avec les compliments de la maison !
La serveuse était une créature élancée, à la chevelure éclatante et au maquillage sombre qui se dandinait sur des escarpins noirs avec l’agilité d’un félin. Elle leur sourit malicieusement comme si elle avait deviné le sujet de leur conversation. Elle déboucha la bouteille et servit le vin sous le regard attentif de l’écrivain qui n’osa lever les yeux vers le vampire qui l’étudiait en silence.
– Je vous souhaite une agréable soirée, fit-elle avant de les laisser à leur intimité.
Dana huma le liquide rouge en soupirant. La vérité sur les vampires lui vaudrait-elle la peine de mort ? Était-ce là sa dernière bouteille ? La laisserait-il partir sans chercher à lui sucer tout son sang ? Dana eut peur que cette soirée fut sa dernière. Edward leva son verre vers le sien. Leurs regards se croisèrent l’espace d’une seconde. La lueur des bougies dansait dans les prunelles du vampire et, à cet instant précis, Dana le trouva incroyablement séduisant.
– A la vie si fragile pour l’un et si précieuse pour l’autre ! Fit-il solennellement.
Pages: 1 2 3 4