Edward arriva chez Dana peu avant l’aube. Il était cinq heures trente du matin. Il était nerveux. Cela se percevait dans tous moindres faits et gestes. Il regarda la pièce comme s’il s’agissait d’une ennemie potentielle. Il avait apporté avec lui tout le kit du parfait vampire en vadrouille. Il ne manquait plus que le cercueil de bois ! D’épaisses couvertures qui ne laissaient filtrer aucune lumière étaient sa principale préoccupation. Il fit le tour de la fenêtre pour bien calfeutrer son principal adversaire avant de jeter un coup d’œil au placard.
– Il n’est pas question que tu te caches, Edward !
Le vampire la regarda, nullement rassuré par ces paroles. Il soupira. Déjà il ne pouvait plus sortir de la chambre, le soleil se levait lentement dans la cuisine.
– J’ai peur, lui murmura-t-il simplement.
Elle ferma doucement la porte derrière elle et l’invita à la rejoindre. Le vampire se précipita dans ses bras, tremblant devant l’épreuve qu’il s’apprêtait à vivre. Lovés l’un contre l’autre, Edward et Dana restèrent un moment sans bouger. Ce contact inattendu poussa la jeune femme à lever lentement les yeux vers lui. Ce dernier la regarda, la suppliant silencieusement de l’aider à passer cette peur que seuls les vampires éprouvent lorsqu’ils sentent le jour se lever.
– Je te demande seulement d’avoir confiance en moi, lui dit-elle.
Edward opina du chef. Dana commença à lui enlever son veston, mais le vampire l’empêcha d’aller plus loin en emprisonnant ses mains dans les siennes.
– Dana, dis-moi… quels sont tes sentiments à mon égard ? As-tu de douces pensées lorsque tu songes à moi ?
– Je crois qu’il s’est produit quelque chose en moi au fil de ces messages parus dans le journal qui fait que je suis tombée amoureuse de toi, voilà la vérité. C’est insensé, je sais… mais les choses du cœur ne sont pas toujours logiques !
– Ma nature n’est-elle pas quelque peu repoussante à tes yeux ?
– Et moi ? Ne suis-je pas repoussante ?
Edward étudia son regard sombrement. « Joue-t-elle un jeu avec moi ? Parle-t-elle sérieusement ? »
– Tu sais très bien que non ! Tu es tout ce qu’il y a de plus beau au monde, mais je ne peux pas en dire autant de moi ! J’aimerais bien parler d’avenir, mais je ne souhaite surtout pas te brusquer.
– Je crois qu’un litre de sang par jour n’est pas cher payé pour vivre la plus belle des histoires d’amour. Si on s’y met à deux, ça ne devrait pas poser un problème de trouver ce qu’il te faut, tu ne penses pas ?
– C’est de cette manière que tu entrevois notre avenir ?
– Je t’aiderai, Edward. Compte sur moi, je t’aiderai.
Dana déboutonna un à un les boutons de chemise du vampire et passa ses mains sur ce corps presque froid. Le vampire frissonna sous l’ivresse des caresses qui lui montait à la tête. Il ferma les yeux pour contrôler l’apparition de ses canines qu’il sentait pousser malgré lui. Il prit lentement le bras de la jeune femme pour y faire parcourir ses lèvres et faire glisser ses crocs sur cette peau soyeuse qui sentait si bon. Dana se crispa légèrement à ce contact mais laissa Edward poursuivre sa route jusqu’à son épaule dénudée. Il ouvrit les yeux. Tout tournait autour de lui. Le cou de la jeune femme semblait plus proche que jamais. Dana lui caressa la base de la nuque en attendant de voir ce qu’il avait décidé de faire.
– Il serait peut-être préférable que j’aille dormir, fit-il d’une voix fiévreuse.
Dana prit son visage en coupe. Edward fuyait son regard. Il craignait d’y entrevoir la déception. Il tenta de se dégager doucement mais Dana le retint. Il leva finalement les yeux vers elle pour lire clairement son désir. Leurs bouches se rencontrèrent timidement, scellant ainsi une promesse secrète qui rassura totalement le vampire sur les intentions réelles de sa bien-aimée. Edward se dégagea d’elle à contrecœur pour s’enrouler consciencieusement dans deux couvertures, l’une ignifuge, l’autre qui empêchait la lumière de passer. Dana le regarda poser sa tête sur l’oreiller et s’endormir du sommeil du juste. L’écrivain, quant à elle, retourna dans le monde de la lumière pour une douzaine d’heures.
« La nécrophilie est quelque fois liée au vampirisme. Le cannibalisme l’est également par certains aspects. Les criminels dits cannibales sont avant tout obsédés par le goût de la chair humaine mais ils ne dédaignent pas toujours boire le sang de leurs victimes. Ce ne sont pas des vampires au sens précis du terme. Si le vampirisme est un thème ancien, il faudra attendre le XVIIIe siècle pour qu’il fasse son entrée en littérature. C’est la poésie au départ qui va s’emparer de lui avant qu’il ne devienne en prose l’un des sujets préférés des écrivains fantastiques. Mais si la littérature a popularisé ce thème, c’est le cinéma, au XXe siècle, qui va l’élever au rang d’un véritable mythe. Grâce aux multiples films réalisés sur lui, le vampire est devenu le personnage fantastique le plus célèbre, reléguant derrière lui le loup-garou et la goule. Il est utile de remarquer également que, si le vampire est avant tout originaire des pays de l’Europe centrale – et notamment de Roumanie – ce sont essentiellement les pays anglo-saxons, l’Angleterre et les États-Unis, qui vont le faire connaître au grand public. Il faut sans doute voir là une attirance particulière de ces pays pour le surnaturel en général et pour la littérature fantastique et de science-fiction en particulier. »
Dana fit une pause pour cajoler le gros chat noir qui l’observait attentivement. Le chat se mit à ronronner et l’écrivain lui chuchota à l’oreille ce qu’elle avait découvert au sujet de la damnation éternelle.
– Après de nombreuses expériences sur le terrain, je suis bien obligée de constater qu’il n’y a rien de plus pathétique qu’un vampire se laissant conduire hors de chez lui sous l’influence amoureuse. Par contre, il n’y a rien de plus insensé pour une chasseuse de vampires que tomber amoureuse de sa proie alors qu’elle dort sous son propre toit ! Pour une fois, la fin de l’histoire sera différente, n’est-ce pas Edward II !? Le vampire ne peut pas toujours triompher !
Le gardien du sommeil du vampire se mit sur le dos et lui présenta son ventre avec confiance. Elle le cajola d’une main et de l’autre saisit discrètement un crayon bien taillé – « un pieu parfait ! ».
– Je sais que c’est ainsi que l’on vient véritablement à bout d’un vampire… Oh oui ! Je le sais ! Je le sais même trop bien ! Et Buffy peut aller se rhabiller avec ses cours de karaté !
FIN DE LA NOUVELLE