
La mer est belle aujourd’hui, légèrement agitée sous le soleil de printemps.
Le sable fin parfois se soulève, aux prises avec une légère brise.
J’espère « la » voir aujourd’hui, sa présence m’est agréable,
Ma pensée s’arrête sur elle, ses écrits, sa façon charmante de s’exprimer.
Je repense à tous ces mots échangés, et soudain, me voilà comblé :
Elle avance vers moi et me regarde en souriant
Un simple carré Hermès pour tout habit,
Noué à la taille, quel admirable vêtement !
Sa démarche ondoyante retient tous les regards
Véronique porte superbement la quarantaine
Sa si jolie poitrine, ondule nonchalamment
Elle me tend la main, me conduit sur la terrasse
De sa maison, à l’écart de la plage.
Nous nous y allongeons côte à côte et discutons, comme à l’accoutumée,
Elle m’aime bien, je l’aime bien, elle est souvent ma confidente
Combien de fois m’a-t-elle donné un conseil, un avis
Après une analyse immanquablement pertinente.
Mais aujourd’hui, détente et farniente !
Elle profite du soleil, généreux ce jour-là et de la mer, agitée et écumante
Soudain, elle me dit « as-tu vu mon nouveau carré Hermès ? »
Moi « comment pourrais-je ne pas l’avoir vu, tu n’as que ça sur toi »
Petit rire charmant. Puis « Allez, viens l’observer, décris le moi ».
« Mais… » je n’hésite qu’un court instant et commence à observer le tissu.
En image de fond un salon de musique, un clavecin, mon œil glisse vers le nombril
Je sens mon amie offerte à mon regard, à mes doigts qui commencent à détailler les dessins
Ma main s’aventure à la limite du tissu, glisse sur le ventre plat
« une femme est installée au clavecin, un chien est assis près du tabouret »
Véronique réagit, je sens le ventre frémir, les yeux se fermer, elle semble savourer,
Parfois pose une question : « est-elle jolie ? comment est-elle habillée ? »
Des notes s’échappent du clavecin, mes doigts suivent la clé de sol, puis chaque note de la portée, Caressant l’aine et le haut de la cuisse.
Le chien écoute sagement la musique
Une femme s’évente gracieusement, Véronique se laisse faire
Elle va chercher mon doigt parfois, comme si elle avait peur que j’arrête
Mais non, je continue, doucement, tout doucement.
Cette fois, j’explore un coin du tissu représentant un kiosque à musique
De très sérieux messieurs discutent en fumant
Mes doigts, cette fois, effleurent l’intérieur de la cuisse gauche
Je suis étonné de mon audace, Véronique frémit, écarte légérement la jambe
Le sang monte dans toutes mes extrêmités.
En insistant sur le tissu, je commente : « cet homme a l’air si sûr de lui »
Mon doigt remonte légèrement vers l’aine gauche, puis vers l’extérieur de la cuisse
J’entends la respiration de Véronique s’accélérer, nous n’avions jamais fait ça
Cet autre homme lit le journal sur le banc public, je préfère ma place à la sienne !
Des oiseaux picorent près du kiosque, un enfant joue au cerceau
Cui cui cui, mes doigts volent de moineau en moineau
Exerçant toujours une légère pression carressante
« Soussous, n’y a-t-il pas un autre moineau ? Trouve m’en un, c’est trop bien…»
« Si si si j’ai trouvé, il vole par ici, par là, se pose sur cette branche ».
Je voudrais voir la suite du dessin, « tu te retournes ? »
Voilà Véronique à plat ventre, fébrile et frissonnante. J’explore l’autre partie de la soie
Le hasard du foulard laisse à nu le bas des fesses de mon amie
Je suis dans tous mes états, j’explore du regard l’endroit habituellement interdit
Mes doigts glissent sur le liseré du foulard, parallèle au petit pli du haut de la cuisse
Cet endroit merveilleusement sensible où la cuisse meurt et la fesse naît.
Ils parcourent ensuite le même chemin, cette fois sur la peau laissée découverte par le tissu
Nouveaux frémissements de mon amie, je ne l’ai jamais vue dans cet état
Mon sang afflue dans tout mon corps, il fait chaud soudain
Pourtant les figurants sont en manteau.
Le tissu se soulève légèrement sous la brise et laisse entrevoir l’entrejambe
C’est la canicule et la tempête dans tous mes vaisseaux… Véronique !
Mes doigts continuent d’effleurer cet endroit si attirant, la peau est douce, la soie aussi
Véronique respire fort, j’entends de légers gémissements, elle s’abandonne
Ma main suit un chemin de pierre qui s’éloigne du kiosque
« Véronique, si on veut voir où mène ce chemin, il faut te retourner à nouveau »
Je l’aide et ma main continue d’effleurer le tissu sur le chemin pierreux qui va de la hanche droite vers le haut de la cuisse gauche
De hautes herbes longent le chemin, mon doigt s’écarte du sentier,
J’imagine une scène d’amour dans les hautes herbes,
Mon doigt effleure la toison cachée par le tissu, mais que je devine aisément.
Je n’appuie pas, j’effleure doucement, tout doucement le carré et je n’ai pas de mal à voir que mon amie apprécie, elle se tortille un peu, se soulève pour accentuer la pression, mon corps est brûlant, mon cœur bat à tout rompre.
Agréable moment pour tous deux, est-ce un avant-goût du paradis ?
Puis, sans même nous être concertés, nous laissons se réduire nos ardeurs, tout doucement, comme si nous étions conscients d’avoir atteint une barrière que nous ne souhaitions traverser, ne voulant peut-être pas prendre le risque d’un regret ultérieur qui détruirait la beauté de ce souvenir, à moins que ce ne soit plutôt pour se ménager un plus grand plaisir encore la prochaine fois ?
Véronique se redresse, s’assied, ses yeux percent les tréfonds de mon cœur, elle me dit avec ce délicieux accent de Nouvelle France qui m’avait déjà très légèrement excité la première fois qu’elle m’avait adressé la parole : « je n’avais jamais… »… puis se reprenant, gênée : « je n’avais pas remarqué qu’il y avait tant de détails sur mon carré ». Enfin, me gratifiant d’un sourire que je ne lui avais jamais vu, un sourire troublant, plein de promesses, elle me susurre :
«Merci, merci, merci… »
puis après une nouvelle hésitation… « j’ai un autre Carré Hermès, je te le montrerai, tu veux bien ? ».
Sousceyrac
L’ensemble des poésies relatives à Hermès et au carré de soie