Pétrifié

MA VIE EN POÉSIE
Par Elijah

Ma vie en poésie

Pétrifié

Damien et Barbara ont rapporté un beau présent
A leur grande de dix-sept ans.
La famille était à nouveau réunie,
Savannah s’est précipitée pour prendre le petit.

Damien et Loïc ont bronzé,
Barbara a pris un coup de soleil sur le nez.
Les deux familles se sont retrouvées joyeusement,
J’ai assisté à quelque chose de très émouvant.

J’ai admiré leur grande complicité
Et leur amour si ouvertement exprimé.
Catherine étreinte dans les bras de Damien
Et Barbara qui embrassait les enfants de son cousin.

Et moi, planté là, incapable de faire un seul mouvement,
Pétrifié, figé, immobile devant leurs beaux élans.
Barbara m’a dit doucement: « Tu nous as manqué »
Et Damien l’a confirmé.

Ils n’ont pas osé m’inclure dans leurs démonstrations*,
Je suis très reconnaissant de leur discrétion.
Je ne suis pas prêt à subir tant d’amour,
Le serai-je un jour ?

Je me sens vulnérable devant l’affection,
Et je baisse les yeux devant les effusions.
Ce constat me ramène à mon passé
Que je tente désespérément d’enterrer.

Devant ma pétrification, Pierre m’a étudié;
Il sait sans doute que le marbre ne peut pas se réchauffer.
Dans la soirée, il m’a glissé à l’oreille un conseil précieux:
« Tonton, tu devrais sourire plus souvent, tu te sentirais mieux ».

La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on.
J’ai hésité un moment et j’ai tapé sur l’épaule de son tonton.
« Ok, je vais poser… Ce sera une sorte de thérapie »
Damien m’a fraternellement souri.

De coincé, je suis passé à courageux,
Je l’ai clairement lu dans ses yeux.
J’arriverai peut-être à me supporter en dessin
Et à apprécier ce corps que je regarde avec dédain.

Je crois qu’il faut aller à la source du mal
Et c’est ce corps qui a été soumis à l’infernal.
Ensuite, je m’attaquerai à l’estime,
Qui, présentement, ne vaut pas deux centimes.

J’ai le sentiment que j’irais mieux intérieurement
Si mon regard sur moi-même était plus conciliant.
Je ne sais pas si j’y arriverai,
Mais ça vaut le coup d’essayer.

J’espère que le dessinateur sera patient,
Avec son modèle récalcitrant.
Le connaissant bien, il va plaisanter,
La croix sera plus douce pour le supplicié.

— * En arrivant en France, j’avais demandé à Damien de faire le message « pas de baisers, pas de bisous, pas de bises ». Pour moi, tout ça, ça impliquait des sentiments et c’était trop exigent… Je ne lui demandais pas de comprendre mais simplement de respecter ma volonté. Il a fait le message et personne ne m’a approché.

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