Événements de Longwy 1978-1979 n° 18

Prélèvement pour analyse.
Prélèvement pour analyse.

Drôle de journée ce 17 mai 1979

Tout a commencé par le rugissement des sirènes, que se passe-t-il? Nous apprenons très vite que les émission de LCA (Lorraine Cœur d’Acier, radio de la CGT en lutte) sont brouillées. Le brouilleur est installé au sommet du Relais du bois de Châ, bien entendu les CRS sont de retour et montent la garde de ce lieu devenu symbolique.

1500 à 2000 personnes se sont rassemblées devant l’Hôtel de Ville de Longwy-haut où est installée dans le hall cette radio LCA. Puis un appel à manifester au relais de télévision est lancé. La manifestation se dirige donc vers le bois de Châ, drainant au passage de nouveaux manifestants. Face à face, manifestants et forces de l’ordre. D’un autre côté des négociations sont en cours avec le préfet pour essayer de mettre fin au brouillage des ondes. Le face à face CRS population est donc calme, les manifestants sont sereins et attendent la réponse du haut-fonctionnaire.

De notre côté nous montons une opération, mais nous sommes moins de 10 personnes, le but serait de prendre les forces de l’ordre à revers, pour cela il faut grimper une pente de 60%, sans chemin, une fourgonnette nous apporte les munitions….des robinets, oui des robinets en laiton, ça pèse lourd dans les poches. Nous commençons à grimper tant bien que mal. Nous allons au casse pipes, c’est certain, c’est la première fois que j’ai peur, mais je ne peux pas laisser tomber les copains. Au bout de quelques dizaines de mètres laborieux, le contre-ordre est tombé. Ouf!

Des événements graves se sont produits, sans sommation, les forces de l’ordre ont tiré des grenades en tir tendu sur la foule qui attendait calmement. C’est la réponse du préfet. 25 blessés dont certains très graves, grenades reçues en pleine face au niveau des yeux, un perdra la vue.

Reflux vers Longwy-bas de la foule en colère. De notre côté nous avons rendez-vous devant les locaux de la CFDT.

Énormément de monde ce soir à ce rendez-vous. Contrairement à toute attente le mot d’ordre est: « Personne ne bouge d’ici ». Les informations qui nous sont données font part de l’arrivée d’éléments extérieurs qui viennent en soutien à la CGT. La CFDT ne veut pas être mêlée à la casse qui va certainement y avoir. Des affrontements violents ont lieu sur le pont supérieur, ça canarde. Une grenade déflagrante arrive jusqu’à nous, explose sous une voiture détruisant le réservoir d’essence. Le carburant coule sur le sol incliné, les fumeurs sont éloignés pour éviter tout accident. Nouvel ordre: « Tout le monde à l’intérieur des locaux ». Il y fait très chaud avec tout ce monde. La grande salle de réunions (ou nous fabriquons à l’occasion les cocktails-molotov, c’est là aussi que logent des observateurs, étudiants, jeunes journalistes….qui étudient sur ce qui se passe à Longwy. A l’accueil Félix de la radio « SOS Emploi » est aux commandes et doit émettre en direct, un des deux jeunes capte avec sa radio les ondes de la police. Jean-Paul Durieux qui deviendra bientôt député puis ensuite maire de Longwy est là lui aussi. Nous sommes comme des sardines et la chaleur est insupportable.

Je sors voir ce qui se passe et viens rapporter les faits à la radio, je fais plusieurs allers et retours. Je me positionne au coin de l’avenue Saintignon, j’ai un bon point de vue sans risque pour moi. Des familles sont aux premières loges sur les balcons de l’autre côté de la rue, enfants en pyjama parents en robe de chambre, ils se réfugient à l’intérieur lorsqu’il y a trop de fumée, puis reviennent. Des cris au loin derrière moi je vois deux grands gaillards qui arrivent du Parc des Récollets et vont vers les forces de l’ordre. Je me dis, « ils sont fous d’aller affronter les CRS à deux », je leur tourne donc le dos et retourne à mes observations.

Je vole dans les airs, que se passe-t-il???? Je m’écrase lourdement sur le sol, KO, impossible de me redresser tout en étant conscient, je vois les deux individus sauter dans un véhicule de la CRS qui arrivait porte ouverte pour les récupérer. Sur les balcons on fait rentrer les enfants, les portes-fenêtres se ferment. Ils vont peut-être appeler les secours, il n’en sera rien, je reste allongé sur mon flanc, je n’arrive toujours pas à me redresser. Je m’endors. Ça pue, j’ai des gaz d’échappement en pleine face. Un convoi des forces de l’ordre passe au ralenti, ils vont me ramasser et me conduire à l’hôpital, il n’en est rien, c’est là que j’ai compris que dans les manifestations, les victimes ne sont pas ramassées et sont laissées sur place sans se préoccuper si c’est grave ou non….. J’arrive à me mettre à quatre pattes, mais je m’écroule à nouveau. Au bout d’un moment j’arrive enfin à me trainer et à me redresser à l’aide des escaliers de la mercerie « La Cigogne ». Je récupère tout doucement, ça va mieux. Je regagne les locaux de la CFDT, Mon casque est fendu en deux, mon oreille gauche à une drôle de forme et est toute enflée.

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