Evénements de Longwy 1978-1979 (20)

TOUS à PARIS le 23 MARS 1979

En ce jour du 23 mars 1979, la CGT organise une très grosse manifestation « Solidarité avec les sidérurgistes Lorrains », les autres centrales syndicales refusent d’y participer.

Le groupe CFDT Longwy et son satellite « SOS emplois » eux décident d’y participer malgré les freins de la fédération  nationale CFDT. A cette occasion je vais adhérer à la CFDT (pour 2 mois) pour être couvert en cas de pépin lors de cette manifestation, on ne sait jamais.

De très bonne heure une paire d’amis viennent à la maison où nous avons rendez-vous, Irène a préparé un petit déjeuner copieux. Nous partons vers la gare de Longwy où doit nous attendre un train spécial affrété par la CGT.

L’attente est longue, le train n’est pas là, il y a énormément de monde, beaucoup de personnes qui ne manifestent pas habituellement. L’entente  générale est cordiale et bon enfant. Le train arrive enfin, départ pour Paris direct. Les sidérurgistes ont retrouvé le sens de la solidarité, de la fraternité autour d’un bon casse-croute.

En fait l’arrivée  se fait à Pantin. Pour le retour il faudra reprendre le train gare de l’Est. Le flot des voyageurs descend et se dirige vers une place ou est installé une grande estrade avec sonorisation cela ne nous intéresse pas, de notre coté nous allons boire un café, puis deux, trois….beaucoup de café, nous trouvons le temps long, un copain arrive de la place où beaucoup de monde est regroupé. Nous le questionnons sur ce qui se passe là bas. Ce sont des politiques qui se succèdent au micro. Nous n’avons rien à faire des politiques, nous décidons de partir vers la Place de la République, lieu de départ prévu de la manifestation qui doit se rendre  jusque la Place de L’Opéra. Cette grande manifestation qui regroupera plus de 300.000 personnes (chiffre de la CGT).

C’est sans compter sur le service d’ordre de la CGT qui nous barre la passage pour nous empêcher de partir avant que l’ordre de départ soit donné. Bousculade, quelques coups de coudes dans les côtes, nous passons en force, un petit sprint et nous déployons notre banderole. Plus loin une camionnette sonorisée, couverte d’affiche CFDT nous attends, c’est un couple local qui a été chargé de la location du véhicule.

Comme je fais souvent en manifestation, je marche 30 mètres devant la banderole, je ne peux pas vous dire pourquoi, mais j’aime bien. Lorsque j’arrive pour passer sous un pont, des énergumènes surgissent je ne sais d’où. Ils barrent totalement la chaussée, ils sont cinq manipulant dans une synchro parfaire leurs nunchaku. Je reste scotché sur place. Ils disparaissent comme ils sont venus. Robert Blaise me rejoint et me dit que ce doit-être des autonomes, ça ne me dit pas grand chose sur le moment. Je continue donc mon chemin.

Plus loin sur la droite, un groupe nous attend avec des pancartes et banderoles de soutien, nous devons être devant des locaux du parti socialiste, mon copain Michel prof au Lycée privé des Récollets est là. Nous scandons contre eux « Non à la récupération » Michel me regarde étonné et doit penser « Il est devenu fou le Bernard » (Le…. est une expression lorraine). Nous tournons de suite vers la gauche, une plus petite route, il parait que c’est un raccourci pour arriver place de la République d’où doit partir la manifestation pour arriver place de l’Opéra.

La rue est droite, nous voyons au loin un barrage humain, CRS ? – Nous chargeons, le barrage éclate, ce sont des retraités PC qui ont reçus l’ordre de nous stopper, nous conversons sans animosité

C’est place de la République où commencent nos ennuis, le service d’ordre CGT nous repousse de partout, les étudiants et les lycéens subissent le même sort si bien que nous nous retrouvons regroupés avec tous ces jeunes, ce n’est pas pour me déplaire. Alors que tout est calme, même très calme, un groupe de CRS surgit d’une porte cochère juste devant nous et fonce directement sur nous groupe SOS Emploi, nous matraquant, bien entendu ils tombent sur des gens qui ont appris à se battre depuis un an de lutte. C’est bref les CRS se replient par où ils sont venus, sauf deux qui continuent a manipuler la matraque, leur chef est obligé de leur taper dessus pour qu’ils arrêtent, c’est incroyable.

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