Evénements de Longwy 1978-1979 (19)

Pont supérieur LONGWY, nuit du 17 mai 1979

Je vous invite à lire ou relire le n° 18 pour que vous puissiez comprendre ce qui va suivre.


Le 18 mai je suis au travail, je viens de terminer le rapport de synthèse journalier des service de fabrication (Hauts-fourneaux, aciérie, laminoir, trains-continus (fil et feuillard)), je dois remettre ce rapport au directeur chaque jour depuis que j’ai été reclassé au service ‘Contrôle de gestion’ après la fermeture de mon service et sans perte de salaire.

J’ai mal, je n’ai pas besoin de prendre mon pouls pour compter les battements de mon cœur, Boum Boum Boum, ça résonne dans ma tête, il me semble qu’elle va éclater.

Je sonne à la porte du bureau directorial j’attends que le feu vert s’allume puis j’entre. Le directeur me regarde, apparemment il était déjà prévenu de ce qui m’était arrivé et me dit :

– Ils ne vous ont pas loupé, vous êtes allé à l’infirmerie ?

– Non

– Allez à l’infirmerie voir le docteur Délivré !

Docteur Délivré dont je vous ai déjà parlé et dont nous nous demandions à son arrivé s’il ne se moquait pas de nous quand il s’adressait à un ouvrier, un employé, en disant « cher monsieur »

A l’infirmerie le docteur me fait des compresses d’alcool (pendant une semaine et plusieurs fois par jour), nous discutons de ce qui m’est arrivé, il me dit :

– Cher monsieur, voici mon numéro perso, si pareil cas se reproduit, appelez moi de jour comme de nuit je viendrai vous porter secours.

Dans l’après midi je reçois un coup de téléphone, un copain policier me communique les noms et adresses des deux personnes qui m’ont attaqué par derrière, je suis tombé de haut quand j’ai su que c’étaient des policiers du commissariat de Longwy. Je suis très déçu.

Le soir j’avais justement rendez-vous au dernier étage d’une tour de l’avenue du 8 mai 1945 avec une de mes cliente (de mon second emploi) et à cet étage habitait un des deux policier, je contrôle les noms sur les sonnettes, oui il habite bien ici. Je me rends chez ma cliente. Après notre entretien cette dernière me raccompagne et nous discutons quelques instants devant sa porte. A ce moment là sortent du logement du policier une femme et deux petits enfants. Je prends l’ascenseur avec eux. La femme me dit :

– Vous avez vu ce qui s’est passé cette nuit, mon mari y était, il est policier, et dire qu’on les empêche d’intervenir.

– A bon?

Elle continue de parler, je vois qu’elle a réellement peur, je discute d’autre chose avec les enfants. Je ne dis rien d’autre à cette dame. Arrivé au pied de l’immeuble je dis simplement au revoir madame, au revoir les enfants.

Cela fait quelques jours que je n’étais pas passé chez mes parents, ma mère me voyant (le gueule de travers) me console, tout comme l’avaient fait mon épouse et mes enfants. Mon père lui, tout rouge de colère me dit :

– C’est bien fait pour toi, tu n’avais qu’à rester près de ta femme et de tes gosses au lieu d’aller faire le con.