Evénements de Longwy 1978-1979 (16)

*******************************

Le feu aux poudres a été mis le 21 févier lorsque les autorités de la télévision française ont vu apparaître sur les écrans en même temps que 60.000 téléspectateurs : « Télé SOS emploi ».

La réaction fut immédiate, le courant d’alimentation du relais a été coupé sur ordre des autorités. Toute une région est sans télé, ça ne plait pas aux téléspectateurs qui disent que c’est nous qui avons commis ce forfait, bien joué la partie adverse, les gens qui nous soutenaient se mettent contre nous. Il faut réagir vite, les copains de l’EDF rétablissent le courant, le transformateur se trouve au quartier de la Chiers, ensuite la porte de celui-ci est soudée et 3 camions de crasse sont déversés devant (d’autres diront que ce sont des camions de chaux, peu importe), maintenant que nous savons ou est le transformateur, une surveillance est faite par les gens du voisinage.

*****************************

J’ai 2 boulots, à l’usine de la Chiers et je fais aussi de la représentation, je ne peux pas toujours être de toutes les opérations « coup de point », alors je fais des renforts de nuit. J’y vais et reste quelques heures, je pars toujours pour une paire d’heures, mais ça déborde souvent. Par exemple hier lorsque je descendais vers Longwy pour rentrer chez moi, je me suis trouvé nez à nez avec un véhicule belge qui montait en sens interdit, je suis descendu de la voiture pour aller voir les passagers de l’autre véhicule. Un caméraman et un preneur de son d’une télévision flamande. J’ai su plus tard qu’ils revenaient du Liban et lorsqu’ils sont descendu de l’avion à Bruxelles on reçu l’ordre de venir directement à Longwy pour couvrir les derniers événements. Je les ai emmenés au relais et les ai présentés, ça prends du temps tout ça, je suis encore en retard pour retrouver Irène et les enfants. Je prends le car demain matin à 5h20 pour aller à l’usine, je ne dormirai pas beaucoup.

*******************************

La première fois que je suis arrivé au relais Jeff me dit «  Grand, il ne faut laisser entrer personne là » en me montrant un local sur la droite. « O.K », je vais jeter un coup d’œil, je comprends pourquoi, 2 casiers a bouteilles remplis de cocktails Molotov . Dans la salle principale beaucoup de journalistes, photographes, une commerçante « Jocelyne » débat avec quelques occupants, ça me casse les pieds toutes ces parlottes « Y a cas », « vous auriez du », « faut qu’on ». Les extincteurs sont regroupés dans un coin pour nous défendre au cas ou. J’ai quand même fait de riches rencontres ces jours-ci, dont celle d’Hélène Bromberger (ou Bramberger), cette grand gamine qui dormait à même le carrelage, plusieurs de ses photos sur les événements ont fait la couverture de plusieurs grands magazines de l’époque, elle travaillait en sous-traitance pour 2 grandes agences photographiques et était très peu payée pour ses couvertures. Dans un coin un des 2 jeunes avec un énorme poste transistor capte et écoute les conversations de la police.

Je contrôle les cartes de presse, nous savons que la police est au courant de tout ce qui se passe ici au relais, je crois avoir trouvé un faux journaliste avec une carte de presse « Le lapin qui fume » mais c’est un journal satirique que je ne connais pas. Bien entendu la taupe doit être un journaliste!, rien n’est plus sur. Une décision est prise qui se révélera une grave erreur. Les journalistes sont…disons retenus avec interdiction de sortir des locaux. Du jamais vu dans les annales de la presse française. Réclamations virulentes des journalistes, puis enfin ils refusent de couvrir nos actions. Nous faisons des actions pour qu’elles soient médiatisées et les journalistes refusent de parler de nous. Bien joué les journalistes, l’erreur est chez nous. Libération des journalistes

******************************

Des membres de la CGT qui reviennent d’une réunion à Metz nous téléphonent pour nous dire qu’un convoi de gardes mobiles se dirige vers Longwy. J’allais partir rejoindre la famille. Je ne peux pas laisser les copains, ça risque de barder. L’attente est longue, les nouvelles se précisent, de plus en plus de coups de téléphone précisent les choses. Le convoi s’est arrêté aux chalets à Herserange, les hommes descendent des véhicules, briefing, ils attaquent la rude montée à travers bois en file indienne.

Pages: 1 2 3 4