Le 23 Février 1979.
Les enfants sont couchés, nous regardons un film, j’ai les idées ailleurs. Les xiphophores, platys, barbus de Sumatra, Guppy… évoluent dans l’aquarium à ma droite et n’attirent plus mon attention, pas de naissance de prévue pour ce soir.
Je dis : – J’ai envie d’y aller
Irène : – Où
– Au relais de télévision
– Encore!!!!!
– Oui, j’ai comme dans l’idée que la police va intervenir ce soir. Je ne peux pas laisser les copains, ils ne sont pas nombreux.
– Comme tu veux.
Irène me prépare un casse-croute que je mets dans la musette avec une bouteille d’eau, mon sifflet….
Irène : – Tu as toujours ton truc?
Je sais de quoi elle parle, mais je fais comme si je ne le savais pas, il s’agit d’un très beau lance-pierres professionnel qui un soir d’été s’est retrouvé sous mon pied dans les vignes de Grimaud, je ne m’en suis jamais servi dans les bagarres, mais je l’ai toujours dans la musette.
Irène : – Donne le moi.
Je lui donne sans difficulté, elle semble soulagée.
Je m’assieds sur la 3ème marche des escaliers pour mettre mes chaussures de sécurité. Un poids me tombe sur les épaules, c’est Nathalie qui s’est levée, sa chambre est au premier étage.
– Papa je veux aller avec toi.
– Tu ne peux pas Nathalie, c’est trop dangereux.
– Tu vas à la télé, j’ai entendu.
– Ce n’est pas la télé que tu crois, c’est au relais de télévision au Bois de Châ, ce n’est pas pareil.
Pascal sort de sa chambre, j’ai fais une cloison pour séparer salon et salle à manger, le salon est ainsi devenu une chambre bien à lui. Son épaule contre le chambranle de la porte, l’air soucieux, il me dit : – Fait attention papa, ne revient pas encore blessé.
Depuis ce jour là jusque maintenant, il sera toujours à me conseiller, à me mettre en garde pour tout, sur tout. Les rôles sont inversés, lui soucieux pour moi comme si c’était moi l’enfant. Je regrette de l’avoir perturbé.
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Cette opération coup de poing menée par le groupe « S.O.S » comme on l’appelle maintenant est pour moi une grande opération, pas « un coup d’épée dans l’eau » comme le dit mon ami Guy-Joseph FELLER, journaliste, écrivain, vous comprendrez pourquoi.
Le 20 février quelques copains du groupe S.O.S se sont rendu à proximité du relais de télévision situé en haut du Bois de Châ, relais qui domine de part et d’autre deux vallées industrielles, la vallée de la Chiers d’un côté et la vallée de la Moulaine de l’autre, les deux vallées se rejoignent à Longwy-centre.
Le Relais de télévision du Bois de Châ
Encore une première en France, occuper un relais de télévision qui aliment en images plus de 80.000 foyers. Émission de télé-piratage, en voilà une belle idée. L’opération était bien préparée, à l’aide de pinces coupantes, une ouverture, pas très grande, pas très haute a été faite dans le grillage d’enceinte, juste pour se faufiler en se baissant pas mal, ensuite les locaux techniques ont été investis, le technicien surpris n’a pu résister, il a reconnu de suite les envahisseurs.
Le petit passage fait dans le grillage aide au contrôle des entrants. Sont autorisés seulement les gens du groupe SOS, les CFDT, journalistes et quelques sympathisants, commerçants qui nous ravitaillent, même des médecins qui nous apportent des boissons.
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Voici ce que nous dit Guy-Joseph Feller dans son livre « LONGWY l’écorchée vive » :
Ce 20 février, la quinzaine de journalistes présents à LONGWY (des radio comme RTL et Europe1; de la presse écrite : Le Républicain Lorrain et l’Est Républicain mais aussi le petit journal écolo « La Gueule Ouverte, FR3, etc.) est invitée à se retrouver sur le coup de 19 heures devant l’Hôtel de Ville à Longwy-Bas pour une opération top-secret qu’on nous annonce pour nous appâter comme spectaculaire. Impossible d’en savoir plus. Les organisateurs travaillent dans la clandestinité. On ignore bien sur que dans le même temps où nous sommes « convoqués » un commando vient d’investir le Relais du bois de Châ et la télévision d’état. On ignore notre destination quand l’on est embarqués dans des véhicules anonymes….. Les renseignements généraux de Longwy qui font eux aussi beaucoup d’heures supplémentaires ces temps-ci n’en savent pas plus que nous. Ils vont donc nous filer le train comme d’habitude et se retrouver comme nous devant l’objectif spectaculaire…… Les gentils organisateurs de la CFDT nous font signe de les suivre. On se faufile le long du grillage……. un autre militant nous indique un trou dans la clôture. On se glisse dans l’enceinte du relais. On est complices au bas mot d’une effraction et même pire……. Le groupe est silencieux, lorsque tout à coup une voix se fait entendre venant de la maison du gardien. Jean, le technicien, a entendu du bruit et interroge la nuit……. « Qui est là? Il y a quelqu’un ». Quelques manifestants s’avancent un foulard sur le bas du visage…. « On est des sidérurgistes: »…. Jean en reconnaît quelques-uns malgré leurs foulards et demande ce qu’ils veulent. « Occuper le relai! », « Mais vous êtes fous! »…. « … c’est trop dangereux! Vous ne pouvez pas pénétrer dans les locaux techniques » argumente Jean…. « Je dois prévenir les responsables de Luttange! »… « Tu fais ce que tu veux… » s’entend-il répondre, mais nous on occupe! ». « Attendez! » dit-il, mais il est déjà trop tard… Les sécurités du local technique ont sautés, les premiers manifestants investissent les lieux. Jean suit affolé…. La Voix de la France est prise sans coups férir… L’info transmise par les RG est déjà sur le fil préfectoral, bientôt ministériel…. Réaction probable « Les Longwy continuent à nous emmerder mais cette fois ils sont allés trop loin… »
