Quelques mots avec HC – 1ère partie

QUELQUES MOTS ACADIENS A METTRE DANS VOTRE VOCABULAIRE DE TOUS LES JOURS

Pour retrouver du vieux français, rien de tel de qu’aller parler avec des Acadiens d’un certain âge. Ils ont toujours une expression oubliée dans leur vocabulaire et des mots nouveaux pour nous les jeunes (mais très contemporains pour eux parce que leurs parents et leurs grands-parents parlaient ainsi). Plusieurs de ces mots sont aussi dans le langage québécois, notamment en Gaspésie (mais, c’est tout-à-fait normal, compte tenu que des Acadiens ont fui les Anglais lors du Grand Dérangement et certains d’entre eux se sont établis au Québec, dans la péninsule gaspésienne).

Je vous propose quelques mots qui se ressemblent beaucoup.

 

revirer, ervirer, se retourner, s’ertourner

Il faut d’abord savoir que beaucoup de mots commençant par « se » se retrouvent à commencer par « es ». La même chose avec « re » qui devient « er ». Comme revirer devient ervirer, comme se retourner devient s’ertourner. (Se revirer ou se retourner, c’est la même chose, mais il y a plusieurs façons de le dire). Comme dans la phrase: « Il doit s’ervirer dans sa tombe ! » ou « Il doit s’ertourner dans sa tombe ! » (dans les deux cas, c’est une situation grave !)

Je prends un autre exemple d’une phrase toute simple: « Le cheval s’en retourne chez nous »

Dans le langage populaire la même phrase deviendrait: « Le ch’val s’en ‘rtourne chez nous » puis, au fur et à mesure que le langage a mangé les mots, cela a donné: « El j’val s’ertourne che nous ».

La langue a évolué avec le langage populaire. C’était le langage populaire parlé qui était le seul langage de la communication à une certaine époque. Cela a fini par donner un dialecte qu’on entend encore aujourd’hui dans certaines parties du Canada francophone.

secousse, escousse, rescousse

Ma grand-mère disait: escousse (pour dire un bout de temps ou un moment)

« Ça fait un’ escousse qu’on n’a pas entendu parler d’lui » ou « hales-toi une chaise pour t’assire un’escousse ! »

C’est une expression directement liée au temps.

D’autres disent: secousse

« Ça fait une bonne secousse que ça dure ».

« Le tremblement de terre a duré une bonne secousse »  (le terme est bien choisi !)

Par contre, il ne faut pas confondre avec « secousse » (mouvement brusque qui ébranle ou qui fait bouger quelque chose) comme: « Il y a eu une bonne secousse. Tout s’est renversé. Le tremblement de terre était à 6,1 sur l’échelle de Richter ».  Il y a aussi un autre sens à « secousse » (par période ou par à-coup), comme: « C’est un drôle de temps, la pluie tombe par secousses ».

Il ne faut pas non plus confondre avec « escousse » (qui veut dire élan pour mieux sauter) « Prendre son escousse pour sauter par-dessus le ruisseau ».

Il y a aussi un mot qui ressemble beaucoup aux deux autres: C’est le mot « rescousse » qui veut dire sauvetage, renfort, porter assistance, comme: « Aller à la rescousse de quelqu’un » (probablement un dérivé de « rescue » en anglais).

Je vous propose deux autres mots qui se ressemblent beaucoup.

secouer et escouer

Ma grand-mère disait: « escoues-toi les pieds avant d’entrer » (se secouer les pieds ou s’essuyer les pieds sur le tapis avant d’entrer) et s’il pleuvait, c’était « escoues-toi, tu vas mouiller la place » (la place étant le plancher). La traduction académique aurait été « secoues-toi, tu vas mettre de l’eau sur le plancher ». Autre exemple: « Le chien m’a toute arrosée quand i’ s’est escoué ». La traduction académique aurait été « le chien m’a arrosé de la tête aux pieds quand il s’est secoué ».

Donc, se secouer devient s’escouer et « escouer » serait vraissemblablement de l’ancien français (tellement ancien qu’on ne l’utilise plus en Europe). Il a été conservé dans certaines parties du Canada francophone puisqu’on le retrouve chez les Acadiens.

Je suis fascinée par les différences linguistiques du français qui, d’une région à l’autre, peut avoir une autre définition, une autre utilisation ou une autre façon de le dire (avec l’accent).

tiendre

Même le verbe « tiendre » (qui est le verbe tenir) vient du vieux français ! Les Acadiens l’utilisent encore dans leur langage de tous les jours.

« On va attacher ça d’même pour faire sûr que ça va tiendre. » (On va l’attacher comme ça pour s’assurer que ça va tenir.)

A ne pas confondre avec « teindre » (qui est d’appliquer de la teinture sur quelque chose).

La langue française a une bonne élasticité. Elle s’adapte. Elle évolue. Elle se développe. Elle se perpétue d’une génération à l’autre. Ce qu’on croyait oublié est toujours là. Les Français d’Europe ont oublié qu’il y avait plusieurs façons de prononcer les sons « an » « in » « on » « un ». Nous avons conservé ces différences dans notre langage qui a évolué moins vite qu’en France.

Je vous laisse avec Marc à Paul à Jos qui va vous donner un cours de français acajun (j’avoue qu’il est difficile à comprendre, même pour moi). Je n’aurais pas passé le test. J’aurais eu droit à la règle de bois sur les doigts et à la grosse palette de cuir sur les fesses.

 


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