Le vaisseau fantôme de la Baie des Chaleurs

L’une des légendes les plus connues en Acadie est le vaisseau-fantôme de la Baie des Chaleurs. Ma grand-mère disait l’avoir vu en feu au large de Grande-Anse. Il est toujours associé à un présage de tempête. J’y pense toujours quand je suis sur la plage à Grande-Anse. Je scrute l’horizon en espérant voir quelque chose d’insolite. Plusieurs affirment l’avoir déjà vu du côté néo-brunswickois, mais aussi du côté québécois, en Gaspésie. Il naviguerait, selon les témoins, entre Dalhousie et Miscou… voici la légende racontée:

La tradition rapporte que dans les premiers temps de la colonie, un bateau-pirate fut poursuivi par un bâtiment de guerre, et incendié jusqu’à la ligne de flottaison. L’équipage périt jusqu’au dernier homme.

Depuis lors, assez fréquemment, et tout particulièrement à l’approche d’une tempête, le fameux bateau est vu, voguant à pleines voiles avec tout son équipage en alerte, et entièrement enveloppé de flammes. Bien des fois, ce fantôme a été vu parfaitement par de nombreux témoins, lesquels n’oublient jamais cette lugubre vision d’un solide bateau tout en feu. […]

Il y a quelques années, un certain nombre de marins aperçurent le bateau toujours en feu, à environ trois-quarts du chemin entre Caraquet et New-Richmond, lequel remontait la Baie. […] Le spectacle était, paraît-il, épouvantable. Le bateau [était] complètement la proie d’un terrible incendie qui s’élevait dans les mâts et la voilure. Un homme se tenait au gouvernail, tandis que les matelots, répondant à ses ordres, couraient sur le pont en feu et même dans les cordages et les voiles. À la lueur de l’incendie, on distinguait parfaitement une femme sur le pont de la dunette, les bras tendus, comme au désespoir. […]

Il y a seulement quelques années, en revenant de la messe de minuit, de nombreux paroissiens de Grande-Anse eurent tout le loisir de contempler encore le Bateau-Fantôme naviguant cette fois sur la glace de la Baie. La même nuit, le même spectacle fut constaté également par les paroissiens de Petit-Rocher, à leur retour de la messe de minuit.

En une autre occasion, des pêcheurs de Ellis Cove, comté de Gloucester, tentèrent de porter secours à ce bateau qui semblait en détresse à environ un mille du village. On put distinguer les membres de l’équipage, excités et engagés aux différentes manœuvres usitées pendant une tempête. Au milieu de l’incendie, on vit même une chaloupe descendre à la mer, se diriger vers la côte ; puis… tout disparut mystérieusement. […]

À Janeville, une respectable vieille dame déclare avoir vu également le fantôme en feu, naviguant vers la Baie. Cette fois, il paraît qu’il y avait sur le pont une assez nombreuse société de Grandes Dames et de Messieurs, tous galonnés d’or et dansant joyeusement une danse à huit, de l’ancien temps…


Sources: A. A. Bertrand, « Le Bateau-Fantôme de la Baie des Chaleurs », Revue d’histoire de la Gaspésie, volume II, numéro 4 (octobre et décembre 1964), p. 194-196. La revue d’histoire reprend ici un texte déjà paru dans le Bulletin des recherches historiques, avril 1936.

L’image du vaisseau-fantôme est extraite de l’ouvrage La Gaspésie, Histoire, légendes, ressources, beautés, Québec, ministère de la Voirie, 1930, p. 194.


 

Sur Wikipedia, on raconte la légende en d’autres termes – voir ici pour la page consacrée à la légende

Je reprends ici la version des témoins de Bathurst:

 

Historique
Lors du XVIIIe siècle de nombreux navires venaient commercer dans la baie des Chaleurs. Lorsqu’ils s’approchaient de la côte, ils hissaient un drapeau pour signifier qu’ils avaient besoin d’un pilote pour approcher de la côte et les diriger vers un village quelconque. La préférence des navigateurs étaient les villages indiens car ils étaient faciles à exploiter. Ils allaient même jusqu’à saouler les indiens et ensuite voler certaines de leurs possessions, des fourrures surtout. C’étaient bien sûr des pirates. Un des plus célèbres était le capitaine Craig.

La tragédie
Par une calme matinée, le bateau hisse son drapeau pour demander de l’aide pour approcher de la côte. Un pilote s’approche du bateau et monte à bord pour aider le capitaine. Craig voulait aller dans un village indien. Le pilote le guide et, le travail terminé, retourne chez lui et attend le signal de départ.

À la fin de l’après-midi, le travail de Craig et de son équipage étant terminé, le drapeau est hissé et le pilote retourne à bord pour aider le capitaine. À peine ont-ils levé l’ancre que le pilote entend des cris et des gémissement. Il ordonne à Craig de jeter l’ancre, ce que ce dernier refuse. Sous la menace de se faire jeter par-dessus bord par le pilote, le capitaine Craig finit par obéir et donne l’ordre de jeter l’ancre. En fouillant le bateau, le pilote découvre deux jeunes indiennes ligotées. Il les libère et les ramène à terre.

Les deux jeunes filles remercient longuement le pilote. Elles l’avertissent de ne pas retourner sur le navire car une catastrophe doit se produire. Malheureusement, il n’écoute pas le conseil et retourne à bord. Dix minutes à peine après le départ du navire de Craig, un grand remous projette le navire sur des rochers. L’équipage au complet, sauf Craig et son premier lieutenant périssent sur le coup. Le pilote, quant à lui, sait très bien nager et regagne la rive. Craig et son acolyte se noient avant d’atteindre la côte. Les deux jeunes indiennes, assistant à toute la scène depuis la rive, tremblaient de peur.

Légende
Ce soir là, sous un ciel calme mais orageux, les témoins virent glisser sur la baie une boule de feu qui prit la forme du navire de Craig. Certains dirent même qu’ils ont vu l’équipage hisser le drapeau d’appel du pilote. Depuis, plusieurs personnes disent avoir aperçu le vaisseau. Pour le voir, la légende dit que le temps doit être exactement comme la journée de la tragédie.

Depuis ce temps, des milliers de témoins affirment l’avoir vu, des pêcheurs ont même essayé de l’atteindre avec leurs bateaux mais en vain. Des scientifiques ont même essayé d’expliquer le phénomène. Mais, le vaisseau qui navigue entre le Nouveau-Brunswick et la Gaspésie reste un mystère. Il est aussi insaisissable qu’un arc-en-ciel. Ceux qui ont essayé de s’en approcher disent qu’il garde toujours la même distance. Ceux qui l’ont observé à travers un télescope ou des jumelles ont dit ne voir aucune différence entre la vision à l’aide d’un instrument et de le voir à l’œil nu. Aucun détail supplémentaire n’est visible.

La version la plus populaire est celle du bateau en feu qui navigue. Il peut demeurer immobile durant des heures, ou naviguer à la vitesse du vent et disparaître très lentement et sans faire de jeu de mots, à petit feu, ou bien disparaître dans un éclat de lumière très rapidement. Certains témoins disent l’avoir vu en plein jour, mais la plupart s’accordent pour dire que c’est de nuit qu’il fait ses apparitions.

Les pêcheurs ne se gênent pas pour discuter de ce phénomène. Certains ne croient pas un mot de cette histoire et croient à un phénomène tout à fait naturel. D’autres croient dur comme fer à la légende surnaturelle. Mais ceux qui y croient risquent de se faire traiter d’ignorants.

Toutefois, il y a quelques années, par une chaude et humide soirée d’été, il y avait foule sur la Plage Youghall de Bathurst. Une brume flottait sur la mer. Tout à coup, le vaisseau a fait son apparition au large. Il donnait l’impression d’être à deux kilomètres au large de Belledune. Le vaisseau est resté visible durant près de trente minutes selon les témoins.

Le 10 octobre 1980, il aurait été revu à la plage de Younghall. Le maire Kevin Mann a pris une photo du phénomène.


Selon le Journal L’Acadie Nouvelle, le 30 octobre 2016, le vaisseau-fantôme aurait été vu. Voici l’article de Cecil Breau qui reprend en partie la version de Wikipedia.

De toutes les superstitions reliées aux fantômes ou aux monstres aux intentions lugubres; semblerait qu’une ville tout près de chez-nous détient le titre de – la vérité vraie – d’apparition venant de l’au-delà.

Eh oui! grandes et petites sorcières, ouvrez grand vos oreilles en ce soir de l’Halloween. Bathurst serait, paraît-il, le berceau d’une apparition la plus authentique qui soit en territoire canadien.

Permettez-moi de mettre la table avec un bref survol de l’Halloween avant d’entamer le plat de résistance qu’est le bateau fantôme de Bathurst.

Célébration aux retombées économiques importantes de nos jours, l’Halloween remonte au dix-huitième siècle en Irlande. Les informations recueillies sur la toile précisent qu’«il y a environ 3000 ans, le calendrier celte ne se terminait pas le 31 décembre, mais le 31 octobre. Et cette dernière nuit de l’année était la nuit du dieu de la mort.

En octobre, les nuits se rallongent et la légende raconte que les fantômes en profitaient pour rendre visite aux vivants. Alors pour éviter que les fantômes ne viennent les hanter, les Celtes avaient quelques rituels, dont celui de s’habiller avec des costumes terrifiants pour faire peur aux fantômes et de se réunir pour faire la fête le soir du 31 octobre. Ce sont les immigrés irlandais qui ont apporté la tradition d’Halloween aux États-Unis».

Si l’apparition du bateau fantôme de Bathurst (bateau fantôme de la baie des Chaleurs) semble un fait confirmé par une multitude de gens au cours des ans, les avis sont partagés quant à la date de l’événement en cause, de même que l’origine de l’équipage. Pour certains, la triste destinée du navire remonte à plus de trois cents ans tandis que d’autres prétendent que les événements se sont déroulés au début du 19e siècle. La version du bateau pirate du capitaine Craig semble la plus populaire.

Au début du 19e siècle, les bateaux qui approchaient dans la baie des Chaleurs n’accostaient pas sur la côte. Craignant récifs et marées capricieuses, le capitaine du navire ancrait au large et abaissait le drapeau. Ce signal permettait aux résidents côtiers d’accoster le navire avec leurs petites embarcations, d’en prendre les commandes et de l’approcher de la terre ferme.

Selon les croyances les plus populaires, semblerait qu’un certain capitaine Craig serait à l’origine d’une tragédie dont l’héritage est celui du bateau fantôme. Ce vilain capitaine, accompagné de son premier lieutenant, se rendait chez les autochtones pour leur offrir des babioles et de l’alcool. À l’insu de ces derniers, ils en profitèrent pour voler leurs fourrures et enlever deux de leurs femmes qu’ils ramenèrent à leur navire dans le but d’assouvir leurs instincts primitifs. Ils remontèrent alors le drapeau, indiquant ainsi aux guides locaux d’approcher son bateau, d’en prendre les commandes pour gagner la haute mer. C’est alors que le guide entendit des gémissements provenant de la cale. Il y découvrit deux jeunes femmes sous des fourrures empilées. Le capitaine Craig fut contraint de libérer les deux femmes immédiatement et de les faire descendre dans une petite embarcation, sans quoi le guide refusait de piloter le navire en haute mer.

De la côte, on assista alors au déroulement tragique. Le bateau fut frappé par une immense vague et renversa sur le côté. Tous périrent sur le coup sauf le capitaine Craig, son premier lieutenant et le valeureux guide. Ce dernier gagna la berge à la nage tandis que le capitaine et son acolyte luttèrent en vain contre une mer acharnée pour enfin être engloutis sous les flots.

C’est alors que tard en soirée, l’on vit une boule de feu prendre la forme d’un navire à trois mats. On y apercevait l’équipage tentant d’abaisser les voiles, de jeter l’ancre et de remonter le drapeau en signe de sollicitation d’aide pour naviguer vers la haute mer.

De tous les phénomènes inexpliqués qui pullulent d’un bout à l’autre du pays, semblerait que le bateau fantôme de la baie des Chaleurs est celui qui retient davantage l’attention.

Au cours des ans, des centaines de personnes ont été témoins de cette apparition inusitée. Il y a quelques années, alors que la plage de Youghall, près de Bathurst, était bondée de baigneurs, le bateau fantôme fit son apparition en plein jour. Tous ont été témoins de ce navire à trois mats dévoré par les flammes. L’on s’échangeait des jumelles pour observer le phénomène à moins de deux milles des côtes.

Le monde scientifique tente tant bien que mal d’en arriver à une explication en suggérant le feu de Saint-Elme (décharge électrique lumineuse) ou possiblement une forme de vie phosphorescente. Or, le feu de Saint-Elme frappe des structures telles des clochers d’églises, des tours, etc. Pour ce qui est d’une forme de vie marine phosphorescente qui émanerait à la surface de l’eau, comment expliquer l’apparition du bateau du capitaine Craig en plein hiver sur une étendue gelée?


Il existe également une explication scientifique… cliquez ici pour lire le texte de Lyne Morissette, Ph.D.

Comme elle le dit si bien à la fin de son texte: « La légende du vaisseau fantôme de la baie des Chaleurs a même fait l’objet d’études scientifiques très sérieuses. Cependant, personnellement, je préfère continuer de croire que si vous voyez une boule de feu dans la baie des Chaleurs, c’est probablement le bateau du capitaine Craig, qui a été maudit pour ce qu’il a fait aux Mi’gmaqs ».