Le Tao et la sexualité – partie 7

18 ans et + / peut contenir de l’érotisme

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Il ne faut pas conclure que les interdits sexuels n’avaient pas cours dans la société chinoise. Tout d’abord, le couple devait avoir le souci primordial d’assurer une descendance qui perpétuerait le culte des ancêtres. Ceci était un devoir sacré auquel nul ne pouvait se soustraire. La naissance d’un fils était une véritable obsession, qui justifiait la pratique de la polygamie.

La continence faisait l’objet d’un véritable mépris et les femmes qui restaient célibataires étaient persécutées. Autre objet de réprobation, la masturbation masculine qui entraînait une perte d’essence vitale sans bénéfice. Cette pratique souffrait cependant quelques exceptions lorsqu’un homme était privé de femme trop longtemps et que le sperme stagnant était dévitalisé. Mais il s’agissait alors d’un acte hygiénique car le semen corrompu était sensé provoquer l’encrassement de l’organisme. La masturbation féminine et le lesbianisme ne souffrent d’aucune restriction ou condamnation, l’énergie yin étant réputée infinie. La fellation est aussi parfaitement admise, dans les mêmes conditions de réservation de l’éjaculation.

Détail curieux pour les occidentaux d’aujourd’hui, les Chinois se montraient d’une pudibonderie incroyable en regard du baiser sur la bouche qui faisait partie intégrante de l’acte sexuel. Il était donc inadmissible d’échanger cette caresse en dehors de l’intimité.

Les activités sexuelles orientées vers le seul plaisir imposaient à l’homme la conservation du sperme d’où la pratique généralisée du coït réservé. Ceci répondait à deux impératifs – ne pas perdre d’essence vitale – prolonger le plus possible le contact avec les sécrétions de la femme qui renforceraient la vitalité de l’homme. Ainsi, Tsai-Nu préceptrice de l’Empereur Houang-Ti dialogue avec Peng-Tsu.

« On croit en général, que l’homme tire un grand plaisir de l’éjaculation. Mais lorsqu’il apprendra le Tao, il éjaculera de moins en moins. Son plaisir n’en diminuera-t-il pas ?

Absolument pas ! Après l’éjaculation ; l’homme est fatigué, ses oreilles bourdonnent, ses yeux sont alourdis. Il aspire au sommeil. Il a soif, et ses membres sont inertes et ankylosés. Pendant l’éjaculation, il éprouve un bref instant de joie, mais il en résulte ensuite de longues heures de lassitude. Ce n’est pas vraiment de la volupté. Si l’homme au contraire, contrôle son éjaculation, son corps en sera fortifié, son esprit s’en trouvera ragaillardi, son ouïe plus fine et sa vue plus perçante. Même s’il a réprimé la sensation que lui procure l’éjaculation, l’amour qu’il éprouve pour la femme grandit. C’est comme s’il ne pouvait jamais la posséder en suffisance. Comment peut-on dire que ceci ne constitue pas une infinie volupté ? »

Les pratiques sexuelles chinoises font la part belle au contrôle de l’éjaculation. Car elle ne constitue pas le sommet de la satisfaction génitale entre deux personnes. L’émission de sperme est considérée comme une pratique « à risque » car l’éjaculation est une perte d’Essence Vitale. L’éjaculation, de façon générale se doit d’être réservée à la volonté de procréer et à l’évacuation régulière « hygiénique » du sperme dévitalisé qui est réputé encrasser les canaux subtils du corps.

L’éjaculation est une pratique « perverse » au sens chinois du terme c’est à dire pathogène car l’homme qui n’exerce pas ou mal sa continence ne comble pas sa femme. La femme est réputée être comme l’eau qui met du temps à s’échauffer et aussi à se refroidir, il faut donc que l’homme ait une érection durable afin d’amener sa ou ses partenaires à l’orgasme mais aussi à les satisfaire plusieurs fois.

« Un homme doit cultiver l’art de retarder son éjaculation jusqu’à ce que sa partenaire amoureuse ait éprouvé l’orgasme… Il doit trouver quelle est sa fréquence idéale d’éjaculation et la maîtriser. Il ne doit émettre sa semence que deux ou trois fois sur dix »

Le Tao de la Communion édicte les principes qui doivent gouverner l’union sexuelle satisfaisant la femme et permettant à l’homme de conserver son « Fleuve jaune », le king (le sperme). Le Maître Wou-Hien enseigne que le débutant dans la Voie du Tao ne doit pas être trop excité ni trop passionné et pour ce faire, il doit faire ses premières armes avec une femme qui ne soit pas trop séduisante et dont le sexe n’est pas trop serré, le contrôle étant naturellement plus facile avec une femme pour qui l’on n’éprouve pas de sentiments amoureux par trop exacerbés.

« Si elle n’est pas trop belle, le novice gardera la tête froide ; et si la Porte de Jade n’est pas trop resserrée, il sera modérément excité »

Cependant le Tao reconnaît que le sommet des délices sexuels n’est atteint qu’avec une femme que l’on aime. Mais le Tao de la Communion est avant tout une pratique énergétique et une discipline qui permet à la femme comme à l’homme d’atteindre la Vision béatifique par la possession sans fin de l’un par l’autre. Le but du Tao est la jouissance totale de la femme ainsi que l’obtention pour les deux amants d’une sérénité profonde par l’harmonie physique inséparable de l’harmonie spirituelle.

Une pénétration douce est recommandée suivi d’un retrait rapide si l’homme perd sa maîtrise :

« Il doit cesser immédiatement ses pénétrations et retirer son Pic de Jade de façon à rester engagé dans la Porte de Jade de deux ou trois centimètres environ. Il attendra d’avoir retrouvé son calme, puis il recommencera à porter ses coups trois fois superficiellement et une fois profondément »

Il y a essentiellement trois méthodes de rétention classiquement décrites : l’une mécanique par le retrait de la verge et la compression du gland, l’autre par la compression d’un point situé dans le plancher périnéal de l’homme entre les bourses et l’anus. Cette compression peut être le fait de l’homme mais aussi être administrée par la compagne si elle est une pratiquante experte. C’est la méthode fort connue du squeeze. La troisième méthode consistant à stimuler un point d’acupuncture au-dessus du sein droit, couplée à la technique respiratoire.

La deuxième méthode apparaît comme plus « nobles », car elles sont fondées sur la maîtrise du souffle et deviennent ainsi un « yoga ». Alors que classiquement l’homme pousse son sexe dans le vagin de la femme en expirant et inspire en se retirant, le Taoïsme comme le Tantrisme recommandent de pratiquer à l’inverse, en inspirant et en expirant par le nez (Ceci est important et vérifié par l’histologie – les tissus de la muqueuse nasale sont de même nature que ceux du gland et du vagin). L’avantage de cette méthode est sa facilité d’utilisation.

En fermant les yeux et la bouche et en respirant profondément, sans forcer, par le nez, l’homme porte neuf coups superficiels et un coup profond (méthode de la neuvaine). Chaque poussée est coordonnée avec la respiration. Les coups superficiels sont correspondent à une pénétration située entre la Corde du Luth et la Perle Noire (soit de deux à dix centimètres), les coups profonds vont du Ruisselet au Propre de la Vallée (soit de sept a treize centimètres).

Les poussées de l’homme ne doivent pas être uniformes mais bien au contraire, varier dans leur rythme, profondeur et angle, chacune déclinant des sensations nouvelles et des effets différents augmentant l’ardeur et les appétits des deux amants.

« Introduisant et retirant, remuant de bas en haut, de gauche à droite, marquant des pauses ou bien une succession rapide, tous ces mouvements doivent se correspondre. Il faut appliquer chacun d’eux au moment voulu et ne pas s’en tenir toujours à un seul et même style parce qu’on y trouve son bon plaisir.»

Dès qu’il perd sa maîtrise, il retire son sexe de quelques centimètres ou totalement et demeure ainsi sans bouger. Il inspire alors en soulevant le diaphragme en même temps qu’il contracte son bas-ventre, comme pour contrôler sa miction. Le pratiquant profite de ces instants pour se souvenir de l’importance de la rétention du sperme. Il peut, retrouvant ainsi rapidement l’empire sur lui-même, reprendre son coït.

« L’homme qui applique cette méthode pourra contrôler son éjaculation sans en éprouver de désagrément, et son Pic de Jade ne perdra rien de sa fermeté. Il peut ainsi économiser son énergie. Il en retirera une remarquable sérénité. Il ne doit pas émettre son Fleuve Jaune avant d’avoir porté cinq mille coups. En procédant ainsi, il pourrait continuer presque sans fin et satisfaire sans mal dix femmes dans la même nuit. »

Concernant la méthode de rétention du sperme, Sou-Nu ne manque pas d’en entretenir l’Empereur Jaune afin de faire rebrousser chemin à la semence.

L’Empereur Jaune demanda :

« Le plaisir de l’acte sexuel, chez l’homme, réside dans l’émission de la semence. Or, si l’homme se refrène et n’éjacule pas, quel plaisir peut-il donc en tirer ?

La Fille de Candeur répondit :

« En vérité, après l’émission de la semence, le corps de l’homme est fatigué, ses oreilles bourdonnent, ses yeux sont alourdis de sommeil, sa gorge est sèche et ses membres inertes. Bien qu’il ait éprouvé un bref moment de joie, ce n’est pas vraiment une sensation de volupté. Si, au contraire, il pratique l’acte sexuel sans éjaculer, son essence vitale sera renforcée. Si l’homme a su réprimer sa passion, son amour de la femme augmentera comme s’il ne pouvait jamais la posséder à suffisance. Comment peut-on dire que cela n’est pas voluptueux ?

Si un homme se livre une fois à l’acte sexuel sans perdre sa semence, il fortifiera son corps. S’il le fait deux fois, son ouïe sera fine et sa vue perçante. S’il le fait trois fois, toutes les maladies disparaîtront. Quatre fois, il jouira de la paix de l’âme. Cinq fois, et son cœur et la circulation de son sang seront améliorés. Six fois, et ses reins deviendront robustes. Sept fois, ses fesses et ses cuisses gagneront en puissance. Huit fois, son corps deviendra lisse. Neuf fois, il atteindra la longévité. Dix fois, il sera comme un immortel.

Si un homme commerce continuellement avec la même et unique femme, l’essence du Yin de celle-ci s’affaiblira et elle sera de peu d’avantage pour l’homme.

Le Yang prend modèle sur le feu et le Yin sur l’eau. Tout comme l’eau peut éteindre le feu, le Yin peut diminuer le Yang. Si le contact dure trop longtemps, l’essence Yin, absorbée par l’homme, se ferra plus forte que sa propre essence Yang et cette dernière en sera lésée. Ainsi ce que l’homme perd dans la relation sexuelle ne sera pas compensé par ce qu’il gagne. »

L’Empereur Jaune demanda :

« Quelle est la meilleure façon de ne pas émettre sa semence ?

La Fille de Candeur répondit :

« Cette méthode a été enseignée par un Immortel nommé Lu, qui obligea ses disciples à faire le serment, scellé par le sang, de ne pas divulguer inutilement ce secret car les gens incompétents s’exposeraient à des maladies graves.

Voilà l’essentiel de la méthode. Chaque fois qu’un homme sent qu’il est sur le point d’éjaculer, il doit fermer la bouche et ouvrir tout grand les yeux, retenir son souffle et se maîtriser fermement. Ill doit remuer les deux mains de haut en bas, et retenir son souffle dans le nez, comprimant le bas de son corps, de telle sorte qu’il respire avec son abdomen. Redressant son épine dorsale, il devra presser rapidement le point P’ing-Yi (au-dessus du sein droit) avec l’index et le majeur de la main gauche ; puis il laisse sortir son souffle en grinçant des dents mille fois.

Il doit imaginer que dans son Champ de Cinabre (juste au-dessus du nombril) se trouve une essence lumineuse mordorée, jaune à l’intérieur, rouge et blanche à l’extérieur. Il doit imaginer ensuite que cette essence se divise en un soleil et une lune qui vont et viennent à l’intérieur de son abdomen, puis montent vers le point Ni-Hoan (entre les yeux), dans son cerveau, où les deux moitiés s’unissent à nouveau. C’est ce qu’on appelle le Soleil et la Lune en conjonction – Dans le même temps, qu’il permette à son membre plongé dans la femme, de reposer. Il absorbe aussi la salive de celle-ci par en haut et les sécrétions vaginales par en-bas. »

« De cette manière, la semence montera au cerveau et lui profitera, allongeant ainsi la durée de vie. »

De la bonne ou de la mauvaise utilisation des sécrétions sexuelles, (l’essence vitale) dépend non seulement le bien-être personnel et du couple mais également la santé, la vitalité et la capacité de prolonger le vie. Cela ne veut pas dire, suivant cette tradition fortement teintée de taoïsme, qu’il ne peut y avoir de longévité sans chasteté complète. Au contraire, celui ou celle qui sait utiliser à bon escient cette essence vitale non seulement n’en souffre pas mais en tire avantage. Il est souvent rappelé que l’Empereur Jaune eut deux mille cent femmes et devint immortel alors que de nombreux gens du commun n’ont qu’une seule femme et se détruisent la vie.