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L’Empereur Jaune demanda :
« Est-ce que certaines pratiques peuvent améliorer des maux particuliers ? »
La Fille de Candeur (Sou-Nu) dit :
« Il y a huit bienfaits dans le commerce sexuel:
Le premier est de concentrer la semence. On dit à la femme de se coucher sur le flanc, jambes écartées. L’homme est étendu entre ses jambes, sur le flanc, lui aussi. Ayant porté dix-huit coups, il s’interrompra ; cette méthode concentrera la semence de l’homme et guérira aussi les saignements de la femme. A pratiquer deux fois par jour pendant une période de quinze jours.
Le deuxième est de reposer l’esprit. On couche la femme sur le dos, on dispose un coussin sous ses fesses, et elle allonge les jambes, l’homme s’agenouille entre ses cuisses et introduit son membre. Ayant porté vint-sept coups, il s’interrompra. Cette méthode reposera l’esprit de l’homme et guérira aussi chez la femme les refroidissements du vagin. A pratiquer trois fois par jour pendant une période de vingt jours.
Le troisième est de faire du bien aux organes internes. On dit à la femme de se coucher sur le flanc et de relever les jambes. L’homme le corps en travers, serré contre elle introduit son membre. Ceci fait, il porte trente-six coups et puis s’interrompt. A pratiquer quatre fois par jour pendant 20 jours consécutifs.
Le quatrième fortifie les os. La femme est couchée sur le dos et l’homme l’invite à plier le genou gauche, la jambe droite restant allongée. L’homme se couche sur elle, introduit son membre et porte quarante-cinq coups bien d’équerre. Cette méthode harmonisera les articulations de l’homme et guérira les congestions de la femme. A pratiquer cinq fois par jour pendant dix jours consécutifs.
Le cinquième bienfait est d’harmoniser la circulation du sang. La femme est allongée sur le coté en pliant son genou droit, la jambe gauche allongée. L’homme la pénètre en prenant appui sur ses mains. Il porte cinquante-quatre coups et s’interrompt. Cette méthode favorisera la circulation sanguine et soulagera les douleurs vaginales de la femme. A pratiquer six fois par jour pendant vingt jours.
Le sixième bienfait est d’accroître le sang. L’homme est couché sur le dos. La femme s’accroupit sur lui, fesses soulevées, et l’homme, ayant introduit sa verge, l’élève et l’abaisse jusqu’à ce qu’elle ait reçu un total de soixante-trois coups. Cette méthode accroîtra la force de l’homme et guérira la femme de ses règles irrégulières. A pratiquer sept fois par jour pendant dix jours.
Le septième fait du bien aux humeurs. L’homme invite sa partenaire à se pencher en avant et s’installer à plat-ventre en présentant ses fesses. L’homme se couche sur elle et introduit son membre par-derrière. Il porte soixante-douze coups, puis s’arrête. Cette méthode donnera un accroissement de la moelle.
Le huitième harmonise le corps. La femme se couche sur le dos, en repliant les jambes sous elle de façon que les pieds se trouvent sous les fesses. L’homme monte alors sa compagne en écartant ses jambes et s’arrête après avoir donné quatre-vingt-un coups. Ainsi les os de l’homme seront plus forts et le vagin de la femme n’aura pas de mauvaises odeurs. A pratiquer neuf fois par jour pendant une période de neufs jours. »
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Ce sont le mysticisme sexuel chinois avec en arrière plan, les principes taoïstes anticonformistes et antiautoritaires, qui ont stimulé le développement du tantrisme indien.
Le Tantrisme est en effet, une protestation contre les conventions ambiantes. Il fait fi des traditions religieuses et philosophiques et plus particulièrement du système indien des castes. Dans le Vajrayana, le principe de la rétention du sperme est d’inspiration chinoise tandis que le culte du soleil provient du nord-ouest, plus précisément du Cachemire. Dans cette région s’étaient réfugiés les Manichéens fuyant l’invasion musulmane et de nombreuses idées – bouddhisme, manichéisme, nestorianisme se croisèrent et se fécondèrent dans des villes comme Balk ou Samarcande qui était pour cette dernière un centre d’enseignement zoroastrien. Ces divers cultes essentiellement solaires pénétrant en Inde par l’Iran conduisirent les pratiquants du Vajrayana a adopter le Dieu solaire pour en faire la pierre angulaire des doctrines ésotériques tantriques. Ainsi, nous pouvons raisonnablement penser que le Vajrayana se structura sous la pression d’un courant iranien et d’un courant chinois. Les frontières nord-ouest et nord-est de l’Inde étaient par ailleurs un terrain fertile pour l’éclosion de nouvelles idées du fait de croyances plus anciennes – le Bön – fondé sur la magie et la sorcellerie.
Après son heure de gloire en Inde, le Vajrayana s’éteignit pratiquement totalement en Inde au XII° siècle pour s’exporter au Tibet où il donna naissance au Lamaïsme avec ses divinités enlacées dans la posture du yab-yum. Le Lamaïsme fit retour en Chine par le biais de la Mongolie où il était religion d’Etat. Il fut pratiqué par les souverains mongols Koubilaï Khan et ses successeurs qui furent Empereurs de Chine (1280 – 1367).
Ces souverains étaient de fervents lamaïstes et le tantrayana était tenu en grand honneur parmi les Mongols et plus particulièrement le culte de l’énergie femelle. Koubilaï s’était entouré d’adeptes du tantrisme, il se vit initié au Kalachakra mandala et reçu la dignité de Monarque du Monde selon les rites de la cérémonie tantrique de Hévajra.
« Ha-Ma présenta aussi à l’Empereur le moine tibétain Kalinchen spécialiste du rituel secret. Ce moine dit à l’Empereur : votre Majesté règne sur tout dans son empire et possède toutes les richesses des quatre mers. Mais Votre Majesté ferait bien de ne pas penser à cette seule vie. La vie de l’homme est brève, c’est pourquoi il faut pratiquer cette méthode secrète de la Joie Suprême. L’Empereur se mit donc à pratiquer cette méthode, que l’on appelle – Discipline en couples. Toutes ces pratiques se rattachent à l’Art de la Chambre à Coucher. Puis l’Empereur fit venir des moines indiens pour diriger ces cérémonies et décerna à un moine tibétain le titre de Maître du grand Empire Yuan. Pour pratiquer ces disciplines, ils prirent tous des jeunes filles de bonnes familles, qui quatre, qui trois et ils appelèrent çà – sacrifier – Alors l’Empereur se livra quotidiennement à ces pratiques, assembla à ce dessein femmes et jeunes filles en grand nombre, et il ne trouva de joie que dans ce plaisir dissolu. Il choisit aussi parmi ses concubines un certain nombre de femmes pour leur faire exécuter la danse des seize Dakini et des huit mâles… »
Ce retour vers la Chine se fit non seulement par le biais des invasions mongoles mais aussi sous la pression des missionnaires tantriques provenant d’Inde sous la dynastie T’ang (618 – 907). Les lettrés chinois pour qui le mysticisme sexuel était encore vivace, reconnurent le bien fondé de ces enseignements. Cependant, ils n’identifièrent pas le fond chinois du Vajrayana sous les habits du Lamaïsme et considérèrent celui-ci comme une croyance étrangère et non une version exotique des principes taoïstes. Pour autant, ils réincorporèrent divers éléments indianisés aux croyances chinoises de l’époque.
Les principes qui dirigent et justifient la sexualité taoïste sont de nature à favoriser le plaisir et par conséquent la conception. Les principes féminin et masculin – le yin et le yang en s’opposant et se complétant, régissent toutes les manifestations du monde et à fortiori, la sexualité.
Les traditions chinoises archaïques établissent que le raffinement de la sexualité est un gage de santé et de longue vie. Robert Van Gulik souligne:
« Accepter dans la joie et sans restrictions les aspects les plus variés de la procréation humaine, depuis les infimes détails biologiques de l’étreinte charnelle jusqu’à l’amour spirituel le plus élevé, dont cette étreinte appose le sceau et atteste la réalité. Parce qu’il est l’analogue humain du processus de création cosmique, on révère le commerce sexuel sans jamais l’associer à la culpabilité morale, sans y voir le moindre péché. On ne voyait aucune différence entre la pluie qui arrose les champs et la semence qui féconde les entrailles, ni entre le sol riche, humide, prêt pour les semailles, et le vagin que sa moiteur dispose à la pénétration »