Le bateau fantôme de la Baie des Chaleurs

L’histoire du bateau fantôme de la Baie des Chaleurs… il en existe plusieurs versions, notamment celle qu’on peut lire sur  Wikipedia.

J. Antonin Friolet relate dans son livre « Caraquet. Village au Soleil » (1980), quelques-unes des versions qui se racontent. Ce livre qui m’a été prêté par un ancien pêcheur de Caraquet à qui j’avais dit, un jour, que ma grand-mère avait vu le fameux bateaux fantôme dont tout le monde parle. Elle l’avait vu aux alentours de Grande-Anse. Lui, pêcheur de profession, il ne l’avait jamais vu, mais il y croyait aussi.

Voici ce qu’on raconte dans ce livre:

 

« Philomène Chiasson s’en revenait chez elle tard un soir d’automne après avoir rendu visite à des amis à Pokesuedie. Cette jeune mère de famille n’était pas la plus hardie des femmes. La moindre chose la faisait sursauter: les mouches à feu qui sautillaient dans la noirceur, le bêlement d’un mouton couché près d’une clôture de lices sur son chemin, le craquement d’une branche sèche sous ses pieds, tout ça lui faisait palpiter le coeur. En traversant le pont qui relie l’île à la terre ferme, elle aperçut une douce lueur sur la mer qu’elle prit pour un braconnier de homard allumannt sa pipe. «Henri est pas bin fin, lui, de s’faire voir par les inspecteurs», se dit-elle. Puis elle n’y pensa plus. Elle avait bien trop peur d’autres créatures qui pourraient surgir dans la noirceur de cette nuit d’automne pour s’inquiéter d’Henri le braconnier. Tout à coup la lumière surgit sur l’eau à quelques mètres d’elle et sauta ici et là dans l’anse comme dans une danse macabre. Ce spectacle nocturne inattendu la figea sur place pour un moment et une peur incontrôlable lui délia les jambes et la fit courir aussi vite qu’elle put et elle alla bientôt frapper, tout essoufflée, à la porte de Zacharie Lanteigne. Ce qu’elle avait vu était bien réel. Ce que d’autres prétendent avoir vu ce soir-là est une autre histoire.

Bien que ces apparitions soient invraisemblables, les histoires de feux d’intensité et de formes diverses semblent comporter un grain de vérité, aux dire de Ganong, prouvant ainsi qu’une lumière étrange apparaît à certains moments sur les eaux du nord-est du Nouveau-Brunswick sous forme d’un bateau en feu. La science n’accepte aucune explication d’ordre mystérieux bien que ce phénomène attise l’imagination de ceux dont les connaissances scientifiques laissent à désirer, ce qui donne lieu à toutes sortes de suppositions aussi mystérieuses les unes que les autres. Il y a une forme en feu, sans aucun doute, à un endroit quelconque de la baie. Nous l’apercevions plus facilement autrefois lorque les villages n’étaient pas éclairés à l’électricité et que les goélettes en semaine avaient disparu dans les immensités lointaines des bancs de pêche. Nous ne la distinguons pas si facilement de nos jours puisque nous sommes entourés de toutes sortes de lumières qui brillent dans la nuit et que les chalutiers sortent et reviennent en tout temps et à toute heure du jour et de la nuit. Le feu du mauvais temps est une lumière de plus dans la nuit.

Cette lumière n’a rien d’étrange car c’est un phénomène que l’on peut expliquer scientifiquement. En mouvement, cette lumière obsède facilement une imagination fertile qui croit voir quelque chose de surnaturel. Ce qui probablement était une histoire que l’on contait aux enfants pour les endormir est un phénomène passé au folklore et faisant partie de ces croyances qui veulent que les esprits des morts reviennent sur terre hanter les esprits crédules dans l’obscurité de la nuit. Le bateau fantôme, comme le loup-garou et autres inventions imaginatives, devait présager quelque évènement redoutable.

Le vieux Phillias Gallien croyait dur au bateau fantôme. Une nuit, alors qu’il retournait des bancs de pêche, il avait aperçu une grande lumière ronde qui grandit et prit la forme d’un vaisseau à mesure qu’il approchait. Seul à la barre du gouvernail de sa goélette cette nuit-là, son équipage endormi sous l’emprise de la fatigue, il allégua avoir vu des matelots courir sur le pont, grimper les mâts, suspendus aux haubans ou ferlant les voiles. Grand-père avait probablement sa vieille à l’esprit puisqu’il prétendait avoir vu une femme d’une grande beauté debout devant le mât de misaine qui regardait droit devant elle et étendait un bras qui semblait diriger le comportement pour le moins bizarre des matelots. La tradition veut que la dame soit le spectre d’une fille du pays qui aurait été capturée par les pirates lors de l’une de leurs incursions sur la terre ferme. Elle revient hanter l’esprit de ses ravisseurs qui ne trouveront la paix que lorsqu’ils auront complètement expié leur acte repréhensible. La dame était entourée de partout d’une boule de flamme incandescente. On pouvait voir le goudron couler des côtés du navire.

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