Laurent, un Acadien d’adoption

Laurent se sent près des Acadiens (c’est aussi mon cas). Dès les premiers voyages dans la Péninsule, il comprenait mieux leur français que celui des Québécois (je ne parle pas du chiac qui est une variété de la langue acadienne que bien peu de gens peuvent comprendre – le chiac est surtout parlé dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick – mais on peut l’apprendre sur YouTube avec Martin Saunier en trois épisodes savoureux– le pauvre vieux est décédé en 2019). Avec ma grand-mère (qui avait des expressions que la Sagouine aurait pu dire), il retrouvait souvent un vieux français figé dans le temps.

Il n’a jamais perdu son accent français (de France). Après 23 ans passés au Québec, il a juste rajouté quelques mots nouveaux (des expressions très spécifiques) à son vocabulaire:

« ça’a pas adonné », « le char est magané », « j’suis magané », « y’est pas d’adon ». On ne peut pas dire qu’il a fait le plein de nouvelles expressions bien que, maintenant, il se demande parfois ce qu’il dirait à la place s’il était resté en France. L’accent québécois est très bien expliqué sur YouTube et on comprend pourquoi un Français (de France) aura de la difficulté à prendre l’accent québécois (d’ailleurs, le vidéo est génial).

Personnellement, j’avais plus d’expressions locales quand j’étais en France avec le patois lorrain. Nous continuons de le parler (quand on ne veut pas être compris): « c’est niche », « c’est froume », « froume l’uche », « y’a co chu une bonne drache », « tache te », « laille pichi la gaille », « mougne ta potaille et tache te », « chougne ça », « c’est quoi ce bin’s ? », « ça caille sévère », etc. Pour un Québécois, c’est du chinois. Quand je suis revenue de France, j’avais un accent français et les Québécois pensaient que j’étais Française (depuis, j’ai retrouvé mon accent d’origine et tout le monde me comprend) – mais pour un Français (à ses oreilles) j’avais toujours gardé mon accent québécois.

Hormis le fait que Laurent n’attrape pas les accents (comme moi, qui suis une vraie éponge à régionalismes et à accents – quand j’étais en Espagne, c’était la même chose; je prenais l’accent de la Castilla y León), on peut quand même dire qu’il fait partie (officiellement) de la lignée des Acadiens (par alliance) et il est plutôt fier de ça ! (Même s’il ne parle pas l’Acadien). Il est répertorié (officiellement) sur le site de la généalogie acadienne. Je crois d’ailleurs en avoir fait un Acadien d’adoption dès son premier voyage sur la Péninsule au début des années 2000.

Cliquez sur l’image pour atteindre le site

Je fais une parenthèse: Il a fait de Caraquet son port d’attache, mais c’est surtout la région qu’il aime par-dessus tout. On a d’ailleurs hâte d’y retourner en septembre. Nous cherchons toujours une petite maison (mais pas celle de ma tante). Il voudrait une maison située entre l’église de Caraquet (qui se trouve en face du Centre culturel) et le Port de Caraquet (mais pas trop vers Bas-Caraquet à cause des moustiques suceurs de sang qui rendent l’été infernal – On en a fait l’expérience aux Chalets de la plage). Moi, personnellement, ça ne m’aurait pas dérangé d’aller vivre à Saint-Léolin, un peu dans les terres, là où ma mère avait son chalet, mais Laurent, lui, il veut être proche de l’eau. Cela ne fait pas une grande zone de recherche !

Zone de Caraquet, entre l’Église et le Port de Caraquet

Bref, être Acadien d’adoption (ou Acadien de coeur), cela implique de connaître l’histoire des Acadiens. Ce n’est pas juste d’avoir son nom sur un site de généalogie acadienne ou d’avoir l’accent du coin ou de connaître de vieux mots français. Et ça, je crois que Laurent y est très sensible.

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Dès son premier voyage, je lui ai enseigné l’histoire des Acadiens (qui est vraiment différente de celle des Québécois qui n’ont pas été déportés et qui n’ont pas souffert comme eux). Je lui ai fait lire des livres d’Antonine Maillet. Je lui ai fait découvrir des artistes acadiens (peintres, auteurs, musiciens, comédiens…) Nous sommes allés au Village historique acadien pour voir comment vivaient les Acadiens de l’époque. Maintenant, avec ses peintures, il peint le patrimoine maritime acadien. Il parle avec les pêcheurs et se découvre des affinités (en tant qu’ancien navigateur), mais il n’aime toujours pas les fruits de mer (ça viendra peut-être un jour). Je me sens plutôt privilégiée d’avoir un mari aussi ouvert sur la culture acadienne (qui est quand même une partie de l’histoire française, puisque les premiers Acadiens venaient de France (tout comme les premiers Québécois)).

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