Histoires de prêtres

Originellement publiée en 2011, cette chronique a été privée jusqu’en 2025. Elle est aujourd’hui lisible publiquement sur ce blogue avec le consentement de l’auteur et des divers intervenants qui ont participé aux échanges. Toutefois, tous les commentaires ont été supprimés par égard à la confidentialité des discussions qui ont découlé de ces lectures. Certains liens peuvent ne plus fonctionner.

Par Elijah

Introduction

Je ne suis pas doué en écriture. La langue française n’est pas ma langue maternelle. Je vous prie de pardonner mes lacunes linguistiques. Je fais de mon mieux.

Il existe un réel malaise au sein des prêtres du Vatican. Il existe aussi des abus qui s’oublient dans le silence honteux. Les rumeurs reposent parfois sur des vérités cachées. L’Église a peur du scandale qui pourrait l’éclabousser. Elle a parfois recours à des activités financières abjectes pour éviter un mal plus grand. Les gens se taisent, vivent dans le silence, acceptent les situations bon gré mal gré.

Cette série « Histoires de prêtres » reposera sur des témoignages, des articles publiés en italien, en anglais et en français. Je n’invente rien. Ces pratiques existent.

Le sujet le plus tabou au sein de l’Église est la sexualité, propre ou déviante, de ses prêtres. Ce sera le point de départ d’« Histoires de prêtres ». Le contenu sera certainement choquant.

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Combien sont-ils ?

Le sociologue et écrivain James G. Wolfe a mené des études, par le biais de questionnaires adressés à des prêtres. Il estime que 48 % des prêtres américains sont gays. Ses conclusions sont les suivantes : 58 % d’entre eux pensent que le célibat est un idéal plus qu’une loi à laquelle obéir. Ils sont 35 % à le considérer comme un engagement à ne pas se marier, plutôt qu’à n’avoir aucune activité sexuelle. Et 41 % à séparer leur vie sexuelle et leur vie de prêtre.

A l’automne 1999, le Kansas City Star a adressé un questionnaire à 3000 prêtres aux quatre coins des États-Unis. 801 réponses ont été recueillies : 75 % des prêtres interrogés ont déclaré avoir une tendance homosexuelle, 15 % se sont ouvertement déclarés homosexuels et 5 % bisexuels.

En 1990, un franciscain, le révérend Thomas Crangle,  a envoyé 500 lettres à autant de prêtres sélectionnés au hasard ; 398 ont répondu : 45 % d’entre eux ont affirmé être gays. Certains meurent du Sida en silence

Au Brésil, le Centre des Statistiques Religieuses et d’investigations sociales, le Ceris, a mené une enquête anonyme sur un échantillon de 758 prêtres catholiques brésiliens : 41 % ont admis avoir eu des rapports sexuels ; la moitié d’entre eux s’affirment opposés au célibat.

La situation est comparable en Europe.

Eugen Drewermann – ex-prêtre, écrivain, critique, théologien – soutient, études à l’appui, qu’en Allemagne, sur un total de 18 000 prêtres, 6000 au moins vivent avec une femme.

Le théologien Paul Zulehner a présidé de 2000 à 2007 la faculté de théologie de l’université de Vienne. Il a déclaré dans le journal autrichien Osterreich que 22 % des prêtres autrichiens évoquaient des relations avec des femmes. Il approuve par ailleurs d’autres études dans lesquelles le chiffre est de 50%. Il fait également référence à une enquête récente effectuée sur un échantillon de 500 prêtres : 81 % des prêtres interrogés prédisent l’abolition du célibat, et 51 % se disent favorables  à l’ordination des femmes. En outre, d’après  un sondage effectué par des chercheurs de l’université de Linz sur 406 prêtres catholiques, il ressort que 59 % des prêtres autrichiens réclament l’abolition du célibat obligatoire.

Le Guardian a avancé le chiffre de 1000 enfants nés de prêtres en Grande-Bretagne.

Selon Pat Buckley, évêque irlandais qui a créé un groupe de soutien aux femmes maîtresses de prêtres, 500 Irlandaises au moins ont une relation avec un prêtre catholique, sur un total de 1900 prêtres en activité.

La revue chrétienne espagnole 21rs  a mené une étude intitulée « Radiographie du clergé diocésain espagnol », et conclut que 52 % du clergé espagnol souhaitent que le célibat devienne facultatif.

Et en Italie ? Rien de rien. Personne n’a jamais tenté d’ébaucher la moindre étude de ce type. Quant à entrer en contact avec des prêtres psychiatres en charge des cas les plus difficiles de religieux impliqués dans des affaires sexuelles, sûrement pas !  Ils fuient les questions comme la peste. Ils ont peur. On peut parler de tout, sauf de sexe.

Une double vie

Il existe une autre façon de se faire une idée approximative de l’étendue du phénomène des prêtres menant une double vie. Gay.it est en Italie, le portail web de référence de toute la communauté lesbienne, gay, bi et trans. Ces dernières années, Gay.it a eu à plusieurs reprises l’honneur d’attirer l’attention des médias. Pour « Goletta Gay » qui réalise des sondages sur le degré de visibilité des gays et des lesbiennes dans les villes italiennes ; pour ses enquêtes sur le refus de la part de l’Istat – L’Institut national de la statistique – de recenser les couples homos ; pour l’outing de plusieurs acteurs de cinéma ; pour ses dénonciations de faits de discrimination et d’homophobie ; pour  ses enquêtes sur la présence d’homosexuels au sein de l’Église catholique.

Le premier grand sondage sur le thème « Le sexe au confessionnal » a été effectué par Gay.it à l’automne 2007. Plus de 10 000 personnes ont été interrogées. Voici comment Daniele Nardini a commenté les données à sa disposition à la fin de l’enquête : « Quand nous avons décidé de lancer ce sondage, nous n’imaginions pas qu’il pouvait révéler un phénomène aussi répandu ».

26 % des participants – un sur quatre – ont déclaré avoir fait l’objet d’une approche sexuelle par des hommes d’Église. Dans 25 % des cas cette approche s’est limitée à un compliment appuyé, dans 21 % des cas il s’est agi d’une demande explicite, et dans 25 % des cas il y a eu attouchement.

31 % de ceux qui font l’objet d’une approche sexuelle de la part de prêtres ont consommé avec eux un rapport sexuel consentant. Ils sont 3 % à déclarer avoir été violés.

8 % des personnes de l’échantillon étaient mineures à l’époque des faits. 1% d’entre elles avaient moins de dix ans, 2% avaient entre onze et treize ans, 5% avaient entre quatorze et dix-sept ans, 8% de ces personnes ont affirmé avoir subi un acte sexuel complet et violent. Dans 19 % des cas, le rapport était consenti.

Dans 21 % des cas, l’approche s’est faite par Internet, dans 16% des cas à l’église ; dans 15 % des cas il s’agissait de lieux publics, dans 14 % des cas du patronage, dans 5 % des cas à l’école, dans 4% des cas au confessionnal.

La conclusion de Daniele Nardini : « Les données confirment un sentiment partagé par les personnes homosexuelles : la probabilité, pour un adolescent gay, d’être l’objet d’une approche sexuelle par des hommes d’Église est significativement plus grande que parmi les personnes de son âge. Soit du fait d’une apparence parfois efféminée, soit parce qu’ils sont exclus du groupe de leurs pairs, soit à cause de l’insécurité dont sont victimes ceux qui découvrent en eux une orientation sexuelle différente, les adolescents gays sont facilement identifiés par ceux qui ont décidé d’en faire les proies de leurs agressions. Ce qui revient à dire qu’il vaut mieux envoyer ses enfants dans une association gay qu’à l’église ou au patronage. Quant aux prêtres qui ont des rapports sexuels avec des adultes, c’est leur affaire, cela ne nous intéresse pas et nul ne songe à les clouer au pilori. Il s’agit seulement de prendre une photo d’une situation existante, mais qui trop souvent est passée sous silence et niée vigoureusement par les hiérarchies vaticanes. »

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Tourments et préjugés. Mensonges. Privilèges et hypocrisie. Aujourd’hui, il faut briser la loi du silence. C’est d’autant plus difficile pour moi, qui suis prêtre. Je ne peux fermer les yeux. Ce que vous venez de lire n’est que la pointe de l’iceberg.

« Histoires de prêtres » traitera du sujet au fil des semaines. Entre temps, sceptiques, faites des recherches sur Internet avec les noms mentionnés. Vous verrez que je n’invente rien.

Elijah