Histoires de prêtres – 7

Originellement publiée en 2011, cette chronique a été privée jusqu’en 2025. Elle est aujourd’hui lisible publiquement sur ce blogue avec le consentement de l’auteur et des divers intervenants qui ont participé aux échanges. Toutefois, tous les commentaires ont été supprimés par égard à la confidentialité des discussions qui ont découlé de ces lectures. Certains liens peuvent ne plus fonctionner.

Par Elijah

Témoignage de Romain 40 ans (prêtre)


Quand mon confrère et ami, le Père Elijah, m’a demandé si je souhaitais témoigner, je n’étais pas certain d’accepter. Je ne savais pas ce que mon témoignage allait apporter. Mon histoire est très banale. J’ai lu les autres témoignages et je ne sais toujours pas ce que mon témoignage peut apporter.

J’ai tout juste 40 ans. Je suis prêtre depuis 15 ans. La crise de la quarantaine, je la sens venir depuis 5 ans. J’ai peur de finir ma vie seul. Je suis plutôt extraverti mais ma fonction m’oblige à une vie rangée, sans histoire, ce que je me suis toujours efforcé de faire jusqu’à ce jour. J’ai plusieurs copains avec qui j’aime me retrouver mais je ne fréquente personne. Ni homme ni femme. On dit pourtant de moi que je suis un prêtre ouvert. Les jeunes disent que je suis cool. Je n’embête personne avec mes sermons sur la bonne conduite et, loin d’être hypocrite, je conseille l’utilisation des préservatifs. N’en déplaise au Saint-Père, je comprends les adolescents et je suis conscient des dangers reliés à la sexualité de notre époque. On ne peut pas empêcher un adolescent d’être un adolescent et de vivre ses propres expériences ! Je ne suis donc pas moralisateur ! Je détonne dans mon milieu car j’ai un discours différent de l’Église de Rome. J’utilise l’humour en toutes circonstances. J’ai d’ailleurs un livre de blagues dans ma table de chevet ! Mes paroissiens m’aiment et je les aime également. Personne ne se doute que je souffre de grande solitude.

Je n’ai aucune amie et c’est ce qui me manque le plus. J’aurais voulu avoir une vraie amie. J’aurais voulu partager mes pensées, mes espoirs, mes désespoirs, mes joies, mes peines, tout quoi !

La solitude est ce qui est le plus difficile à vivre, pour nous, les prêtres. On n’en parle jamais entre nous. A l’occasion, une brève allusion gênée dans une conversation. Je m’en suis déjà ouvert au Père Elijah qui a presque le même âge que moi. Il m’a écouté patiemment, sans me juger. D’autres confrères, eux, m’auraient envoyé balader, parce qu’ils n’aiment pas aborder le sujet, un sujet qui les touche de trop. Lui, le Père Elijah, il m’a écouté comme un frère et il a été sensible à ma détresse.

J’ai vu qu’il y avait des femmes parmi les lecteurs de ce blog, peut-être porteront-elles un jugement sur moi. Je voudrais donc préciser au sujet de la solitude que je ne parle pas de sexualité. Si j’aurais aimé avoir une amie, ce n’est pas dans le but premier de faire l’amour. Je crois que l’amitié entre un homme et une femme est possible sans que n’interviennent sentimentalité, sensualité ou sexualité. Le célibat est un choix que j’ai fait. Je ne le regrette pas. Ce qui est difficile à vivre, par contre, c’est cette profonde solitude de l’être. C’est difficile à porter. Plusieurs me diraient que je ne suis pas seul car j’ai des activités pastorales qui me font rencontrer des gens. Mes journées sont bien remplies. Mais quand je reviens où j’habite, je suis seul. Je prends mon petit déjeuner seul, je déjeune et dîne seul. J’aurais juste voulu avoir une amie pour parler, pour écrire, pour partager mes pensées. Quelqu’un, quoi ! Une présence amicale ! Ensuite, si des sentiments intervenaient entre nous… Je ne les refuserais pas ! Mais ce serait clair que je ne pourrais plus être prêtre et je me tournerais vers autre chose pour vivre pleinement un amour partagé.

Je ne cherche pas à rencontrer pour combler un vide sexuel. Je voudrais trouver une amie sincère… juste une amie. Actuellement, je me dévoue à l’Église du mieux que je peux avec sincérité mais la solitude est souvent lourde à porter.

Je ne sais pas si l’abolition du célibat obligatoire des prêtres pourra m’apporter cette amie. Les femmes voient les prêtres comme des types généralement inaccessibles avec lesquels on ne fraternise pas. Elles ne savent pas si elles peuvent être familières avec nous au point de nous faire la bise ou si c’est interdit. Elles ne savent pas non plus si elles peuvent nous sourire sans nous affoler. Elles ne voient que l’habit qui est une barrière psychologique à toute amitié et non l’homme qui le porte et qui a aussi un cœur et des sentiments.

Voilà, quoi ! J’ai tout dit.