Par Elijah
Je terminerai ces « histoires de prêtres » par deux témoignages d’abus de pouvoir au sein de l’Église. Deux histoires bouleversantes de prêtres. Celle de Gabriel et la mienne qui terminera cette série d’histoires.
Témoignage de Gabriel, 46 ans
Un journal reste une tranche de vie partielle, même si le journal est bien détaillé. Tout ce qui vient avant cette tranche de vie reste inconnu. Tout ce qui nous compose, tout notre bagage de vie, notre expérience depuis l’enfance, notre éducation, nos croyances les plus profondes, nos valeurs les plus chères, etc. sont rarement détaillés dans un journal. On ne fait qu’apercevoir les réactions des individus, tout en ne comprenant pas la raison de ces réactions souvent excessives. On remarque que dans une situation précise, je me suis complètement bloqué à la discussion avec mon père, dans une autre, je n’ai pas été capable de supporter la pression et je suis parti en claquant la porte, dans une autre, c’est le mot suicide qui a posé un problème. On ne fait que voir les réactions sans en comprendre la motivation derrière les gestes. Pourtant, chaque réaction découle de tout ce qui compose notre individualité.
A une époque, j’étais très secret, très intérieur. Je ne communiquais pas beaucoup avec le monde extérieur. Catherine m’a appris à communiquer, à m’ouvrir au monde qui m’entourait. A l’époque où j’ai écrit cette tranche de vie, que je vais vous livrer aujourd’hui, c’était surtout pour me libérer de quelque chose que je portais en moi. Il y avait une grande pudeur derrière mes mots et une grande peur : celle de voir le regard de mes amis changer. J’avais peur d’être jugé. La peur de décevoir mes amis du blog.
Vous qui me connaissez personnellement, vous êtes plusieurs à avoir remarqué la tristesse qui est visible au fond de mes yeux. Elle y est depuis des années. Elle restera en moi jusqu’à ma mort. Ce qui a été fait ne pourra jamais être défait.
Il y a plusieurs raisons qui m’ont fait quitter la Cité du Vatican.
Je n’étais plus en accord avec certaines prises de position de l’Église. Je ne me sentais plus à ma place dans la Cité. Je voulais un transfert en France ou n’importe où en Italie mais toutes mes demandes de transfert ont été ignorées ou refusées. Je travaillais en tant que correcteur et traducteur dans une radio, bien loin de mes aspirations religieuses. Cette fonction était le résultat d’une vengeance de la part d’un évêque qui contrôlait, et contrôle toujours, presque tout autour de lui. J’ai essayé de faire ce boulot honnêtement en donnant le meilleur de moi-même, même si le boulot ne me plaisait pas. Aucune porte n’aurait pu s’ouvrir pour moi. J’avais été mis au rancart. J’étais dans une impasse. Je me suis accroché autant que j’ai pu. J’ai fait plusieurs demandes d’emploi dans le privé et j’ai eu une seule réponse favorable. J’ai sauté sur l’occasion. La suite de l’histoire vous la connaissez. Je suis arrivé à Paris le 14 avril 2009, j’ai eu le boulot et j’ai recommencé une nouvelle vie. Je ne regrette pas et je ne regretterai jamais d’avoir choisi cette nouvelle vie. Aujourd’hui, je suis marié et père d’un bébé. Catherine et moi avons l’intention d’adopter officiellement le petit garçon que nous gardons en tant que foyer d’accueil pour enfants en difficulté. J’ai un travail intéressant qui me permet d’être utile aux enfants qui ont des problèmes de communications verbales. J’avais étudié en tant que linguiste avant d’étudier la théologie, ce qui m’a permis de trouver un boulot différent.
N’oubliez pas qu’il s’agit d’une tranche de ma vie. Aujourd’hui, je vis plus sereinement avec mon passé.
Mon récit
Saviez-vous qu’à l’heure actuelle, aux yeux de Rome, il est nettement moins grave de violer une femme que d’aimer un autre homme et de vivre avec lui, même si l’amour est véritable et sincère ? Ces deux actes seraient l’un et l’autre dégradants pour la personne humaine et contraires à la chasteté, mais en plus le second serait contraire à la loi naturelle. Il y a de ces aberrations qui dégoûtent ! On fait la chasse à l’homosexualité à grand coup de publicité tout en murmurant du bout des lèvres que le phénomène existe au sein même du Vatican. Mais le viol d’une femme, c’est tout à fait compréhensible ! Ce n’est pas contre nature ! Ça reste acceptable ! (Ça me dégoûte) Et que dire de la pédophilie d’un beau-père avec une fillette de 8 ans… ça reste aussi dans l’ordre de la loi naturelle ? Pourtant, le discours à géométrie variable existe. On sanctionne ouvertement l’avortement dû au viol mais pas les violeurs. On excommunie même les victimes qui se sont fait avorter ! Tout ceci est une autre histoire d’horreur qui mériterait un débat de société mais je vais m’en tenir à mon récit.
Il y a des individus dans ce monde qui sont au-dessus des lois. Les princes de l’Église ne sont pas concernés par les lois qui concernent le commun des mortels. On ne peut les toucher. On ne peut les atteindre. Les sphères sont trop hautes. On ne peut s’imaginer quelle tour de Babel est la hiérarchie du clergé, au Vatican. La plupart des monseigneurs et des éminences ont l’immunité diplomatique qui leur assure la totale impunité dans le monde entier. Il n’y a que la justice divine qui peut les atteindre mais elle n’appartient pas à ce monde. La justice italienne ne peut s’ingérer dans les affaires du Vatican. Un cardinal pourrait empoisonner un pape qu’il n’y aurait pas d’enquête car aucune autopsie n’est pratiquée sur la personne d’un souverain pontife. (En référence au cas de Jean-Paul 1er).
La Déclaration universelle des Droits de l’Homme ne concerne pas la Cité du Vatican qui n’a qu’un siège d’observateur, elle n’a jamais été parmi les États signataires de la Déclaration. Il n’y a aucune liberté de religion, autre que celle qui forme l’État. Tout individu a certes droit à la vie, à la liberté mais pas à la sûreté de sa personne. J’en ai fait l’amère expérience. Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. C’est très noble sur papier mais la réalité vaticane est toute autre pour certains jeunes prêtres. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État. J’étais obligé de vivre dans l’État alors que d’autres vivaient à l’extérieur de l’État. J’avais très peu de liberté par rapport à d’autres qui avaient des appartements, des voitures avec chauffeurs, etc. Nous sommes très loin de la pauvreté enseigné par le Christ. Certains vivent dans l’opulence et l’oisiveté mais ce n’est pas le plus grave. On peut pardonner à un homme de vouloir vivre dans le luxe et la richesse et de vouloir le pouvoir qui vient avec le rang prestigieux de certains hommes très ambitieux. Je peux comprendre leur ambition même si je ne la partage pas.
En étant ordonné prêtre, on renonce évidemment à certaines choses de la vie ; nous perdons certaines libertés. Il y a des vœux à respecter. Nous vivons dans un certain mode de vie qui nous oblige au respect du sacré, à la modération, à la pauvreté, à l’obéissance, etc. On nous impose le célibat qui sous entend une certaine forme de chasteté qui n’est jamais respectée ! Quand on devient prêtre, on sait généralement à quoi on s’engage, à quoi on s’expose et on accepte cette perte de liberté pour servir au sein de l’Église. En devenant prêtre du Vatican, on renonce à certaines libertés plus importantes encore, sans trop savoir à quel danger on s’expose réellement. On s’imagine que les murs de la Cité nous protègeront et que rien ne pourra nous arriver dans l’enceinte de la Cité. Pourtant, les tentations sont partout présentes et il serait très facile d’y succomber. J’ai toujours détourné mon regard de ces tentations malgré de nombreuses propositions féminines. Hommes du clergé, nous sommes parfois victimes des fantasmes de certaines femmes ! J’ai fuis les situations que j’estimais dangereuses pour mes vœux. Je suis resté intègre avec moi-même pendant dix-sept ans. Je ne regrette pas ce choix de vie ni les contraintes qui venaient tout naturellement avec le sacerdoce.
Mais en demeurant intègre et en se refusant à un évêque aux tendances sexuelles contre nature, je me suis exposé à de sérieux problèmes d’avenir.
Quand je suis arrivé à la Cité du Vatican, j’étais un jeune prêtre idéaliste de vingt-sept ans, naïf et rêveur qui croyait que chaque être humain était foncièrement bon. Je n’avais pas un gramme d’ambition et je suivais les enseignements du Christ avec vénération en essayant de les appliquer à ma vie personnelle.
Avec la tête et le physique que j’avais, on m’a remarqué dès mon arrivée. J’ai eu droit à un an de bonheur, le temps de m’habituer à l’endroit, ensuite j’ai vécu le cauchemar et la paranoïa.
J’avais donc vingt-huit ans quand, tard un soir, un évêque influent a brutalement fait irruption dans la douche et je n’ai pas su comment réagir sur le coup. J’ai refusé qu’il mette ses sales pattes sur mon corps et qu’il me touche et je jure devant Dieu que je l’aurais étalé d’un coup de poing ce vieux salopard s’il avait osé me toucher. Voyant que je n’étais pas aussi facile que certains de mes confrères, que je n’avais pas un tempérament conciliant pour certaines pratiques et qu’on ne pouvait pas m’acheter avec des promesses d’avancement de carrière au sein du Vatican, il a proféré des menaces et il est parti en colère (après m’avoir bien reluqué. En réalité, il m’a empêché de saisir ma serviette de bain). Je me suis senti vraiment vulnérable, nu, dans mon coin de cabine, une main pour me protéger de son regard vicieux et une autre tendue devant moi pour le maintenir à distance. Il n’y avait aucun moyen de fuir. Il n’a pas obtenu ce qu’il voulait. L’altercation s’est passée sans aucun témoin. La seule preuve matérielle a été une porte de cabine de douche défoncée (qui a rapidement été remise à neuf). L’homme a été très insistant mais ma voix commençait à s’élever et il n’est pas resté pour vérifier si quelqu’un l’avait entendue. Personne ne s’est pointé même après son départ ! J’ai compris qu’on pratiquait un je-m’en-foutisme qui a le seul mérite d’éviter les représailles désagréables.
Ce soir-là, je venais de me créer mon premier ennemi. C’était une expérience nouvelle pour moi qui prenais conscience que le danger ne venait pas de l’extérieur mais également de l’intérieur des murs. J’ai senti que ses menaces étaient bien réelles. L’individu était trop puissant pour menacer sans donner suite. Plusieurs rumeurs circulaient déjà à son sujet mais je n’avais jamais prêté attention aux rumeurs de cette nature. Je pensais que c’était hautement improbable puisqu’il était évêque, un haut prélat !
Deux soirs plus tard, dans les rues de Rome, en rentrant « chez moi », une bande de loubards cagoulés m’a menacé avec leurs couteaux. J’ai sorti mon portefeuille sans faire d’histoire mais ils ne voulaient pas de mon argent. Ils m’ont entrainé de force dans un endroit plus isolé. Ils m’ont bâillonné, attaché les pieds et les bras au niveau des coudes, ils ont découpé tous mes vêtements au couteau, presque étranglé pour que je ne puisse pas bouger et ils se sont acharnés sur moi pendant un moment. Ils étaient six.
Savez-vous combien il y a de terminaisons nerveuses dans la zone des organes génitaux d’un homme ? Savez-vous combien il y a de capillaires sanguins qui irriguent le sexe d’un homme ?
La moindre coupure devient un véritablement bain de sang et la peau est particulièrement très tendre à cet endroit.
Vous savez ce qu’est une circoncision au couteau ? Vous pouvez imaginer la douleur sur le coup ? Je ne l’étais pas parce que ma mère n’a pas voulu qu’on touche à son ange. Elle le voulait « intact » comme Dieu le lui avait remis. Pour elle, je suis un divin miracle alors elle n’aurait pas supporté d’apprendre qu’on avait fait du mal à son bébé.
Vous savez à quoi peu servir une bouteille de coca en verre ? En cherchant bien, on peut y trouver des usages mi externes mi internes. La prochaine fois que vous en verrez une, vous penserez à moi. Je ne peux plus les voir. Je ne bois que le coca en cannette maintenant.
On m’a retrouvé le lendemain à l’endroit où ils m’avaient laissé. Ils m’avaient détaché mais la douleur était tellement insupportable que je n’avais pas pu bouger d’un millimètre. Je baignais dans mon sang à côté des instruments qu’on avait utilisé sur moi. Toute la nuit, j’ai prié le Seigneur de ne pas survivre à l’hémorragie. J’ai attendu la mort mais elle n’est jamais venue. Un chien a aboyé et quelqu’un est venu voir pourquoi il aboyait. C’est ainsi qu’on m’a trouvé.
Mon agression a été prise très au sérieux par les Italiens. Comme si ce n’était pas assez humiliant, on a pris des photos de tout mon corps sans rien omettre ! Un rapport médical sur tous les sévices que j’avais subis, car ils étaient nombreux, a été déposé au dossier en guise de preuve médicale mais on ne pouvait aller plus loin. L’évêque n’était pas sur place, ce n’est pas lui qui m’avait tabassé et mutilé ! La police ne pouvait pas arrêter un tel individu que sur la parole d’un prêtre ! C’était ma parole contre la sienne. David contre Goliath. Personne n’avait été témoin de ses menaces. Il fallait des preuves pour accuser quelqu’un. Il n’y avait pas d’empreinte, pas d’ADN (autre que le mien), pas de voix pour une reconnaissance de suspects éventuels, pas de visage puisqu’ils étaient tous cagoulés, aucun témoin… RIEN. La justice italienne, même quand elle est compétente et zélée, a tout de même ses limites, surtout si on prononce « Vatican » dans un dossier comme celui-là. J’ai des copies des photos en guise de preuve parce que j’admets que ça peut être difficile à avaler comme histoire. Catherine a vu les photos. Sa réaction a été aussi expressive qu’instantanée. On peut difficilement s’imaginer ce que ça représente en images couleurs.
Je suis resté à l’hôpital plusieurs jours. On m’a recousu à certains endroits et on m’a circoncis de façon nette et chirurgicale, mais ce n’était plus moi et la douleur m’épuisait. Je ne pouvais pas m’asseoir et je ne pouvais pas rester debout. J’étais alité en permanence, sursautant à chaque porte qui s’ouvrait, en proie à une peur bleue qu’ils reviennent. J’étais une curiosité pour la gente féminine de l’hôpital qui avaient entendu parler du prêtre tabassé. Probablement que mes photos ont fait le tour de l’étage où j’étais hospitalisé ! Cela rajoutait à l’humiliation et à la gêne que je ressentais quand je croisais le regard des infirmières qui me demandaient si j’avais besoin d’aide pour faire ma toilette le matin ! J’avais hâte de sortir et j’appréhendais à la fois cette sortie. J’avais peur qu’ils me retrouvent. J’avais peur de me retrouver dans une douche et que l’évêque se repointe avec sa perversité et qu’il me balance à la figure « alors, cette fois-ci, tu vas dire oui ? ». Aurais-je eu le courage de redire « non » une deuxième fois ? Quelle aurait été ma sentence pour un deuxième refus ? Je n’ose l’imaginer.
Pendant que j’étais à l’hôpital, mon meilleur ami est venu me voir à tous les jours. C’était un ami qui avait fait ses études de théologie avec moi. Nous étions très proches l’un de l’autre. On se disait tout et il n’y avait pas de secret entre nous. Il était prêtre comme moi. Même âge que moi. Je me suis tout naturellement confié à lui. Je lui ai conseillé de se méfier de l’évêque qui m’avait menacé. Il n’a pas voulu me croire. Un évêque ! C’était trop difficile à avaler même pour un ami prêtre qui recevait ma confession devant Dieu. J’en ai été profondément meurtri. Personne ne voulait faire le lien entre les menaces et mon attaque. Pourtant, la nature sexuelle de l’attaque était évidente !
De retour dans la Cité avec ma démarche mal assurée, j’ai croisé le chemin de l’évêque. Il jubilait. Son sourire m’a écoeuré. J’ai serré les dents et j’ai détourné le regard. Il fallait à tout prix que j’évite les douches et les promenades en ville. C’était plus prudent. Je n’étais pas prêt à revivre une seconde attaque de même nature. Le prix était trop cher à payer. Je ne voulais surtout pas céder par peur des représailles mais à la seule pensée qu’un type me touche, j’en avais des haut-le-cœur et des sueurs froides. C’était au-dessus de mes forces. Jamais je n’aurais pu accepter ça.
Quelques jours plus tard, on me transférait. On me mettait au rancart. Je ne crois pas que ce soit un hasard cet enchaînement d’événements. A peu près trois semaines après mon retour de l’hôpital, mon meilleur pote se suicidait. La veille, nous avions discuté ensemble et tout allait bien. Il n’était pas dépressif. Il n’avait pas l’air anxieux ni même préoccupé. Et si cela avait été le cas, je l’aurais su. On se disait tout. Il n’a laissé aucun mot d’explication derrière lui. C’est moi qui l’ai trouvé pendu dans sa chambre. Il avait vingt-huit ans.
Je suis persuadé que mon pote a croisé la route de l’évêque et qu’il a cédé aux avances de ce salopard. Ce prêtre était la droiture même, un exemple d’humilité et de bonté envers son prochain. Il savait trop bien à quoi il s’exposait en se refusant à l’évêque. Il m’avait vu à l’hôpital. Il savait de quoi l’évêque était capable. Je crois qu’il a cédé par peur de subir le même sort que moi et qu’il n’a pas supporté de vivre avec ça sur la conscience après coup. J’aurais voulu qu’il m’en parle avant de prendre sa décision de commettre l’irréparable. Je me suis senti atrocement coupable de sa mort. Je n’ai pas su le protéger. Je n’ai pas été à la hauteur de son amitié. Nous vivions à quelques portes de distance. Il aurait pu venir frapper à ma porte en pleine nuit pour demander une aide spirituelle ou psychologique mais il n’a rien fait.
Je l’avais pourtant mis en garde, je l’avais averti mais je n’avais pas insisté sur le danger que représentait l’évêque. J’aurais dû prévoir qu’il pouvait être une proie, lui aussi. C’était mon meilleur ami et il venait de commettre l’acte le plus répréhensible qui soit pour un catholique. Un ami, prêtre de surcroît, qui se suicide, je ne pouvais pas l’encaisser. J’en ai été malade ! Sa mort m’a complètement anéanti ! L’attaque et ce suicide, c’était trop à la fois. Je ne crois pas que je m’en remettrai un jour de cette disparition.
Je suis allé rencontrer ses parents pour leur remettre ses effets personnels. Ils ne comprenaient pas ce qui s’était passé. Ils m’ont posé des questions et je n’ai pas su quoi leur dire. Je n’avais aucune preuve de mes soupçons. Je ne pouvais pas leur en parler. Je n’ai pu que pleurer avec eux. Encore aujourd’hui, il est dans mes prières. A tous les jours, je demande la miséricorde de Dieu pour son geste désespéré.
Je sais aujourd’hui qu’on a voulu me détruire physiquement et moralement pour avoir dit « non » à l’évêque. J’en ai payé le prix. Je me retrouvais seul, sans appui, sans ami, avec une paranoïa envers les hommes qui m’entouraient. Un regard posé sur moi, une remarque sur mon physique, un acte de gentillesse et je craignais l’agression. Je me suis retranché dans mon silence et dans ma solitude. Je suis devenu taciturne encore plus qu’avant. Ma confiance se limitait à moi-même.
Conclusion de mon récit
Je ne condamne pas l’homosexualité car deux individus de même sexe peuvent s’aimer de façon sincère, être fidèles entre eux et partager de belles valeurs humaines qui peuvent surpasser celles des hétéros. Ce que je condamne, par contre, c’est qu’on impose ses volontés sexuelles (à un homme ou à une femme).
Mes parents n’ont jamais appris ce qui s’était passé. Ma mère ne devait en aucun cas, sous aucun prétexte, d’aucune manière, apprendre ce que j’avais vécu. Elle en serait morte sur le coup. Je devais surtout faire attention en sortant de la douche pour ne pas que ma mère entre au même moment. Mon père me faisait déjà la tête parce que j’avais décidé de devenir prêtre, alors ce n’était pas à lui que j’allais me confier. C’est lors de mon premier long séjour à la maison paternelle, pendant mes vacances, plusieurs mois après avoir subi mes sévices qu’il m’a traité de putain de pédé de prêtre. Cela a mis définitivement un terme à toute relation entre nous. Il ne pouvait pas savoir que c’était justement parce que je n’en étais pas un que mon avenir était foutu avant même d’avoir commencé. Ses paroles m’ont profondément blessé. Il pensait que j’en étais un ! Peut-être que si j’avais dit « oui », rien de tout cela ne se serait produit. Mon pote serait même peut-être encore de ce monde.
Je ne cherche pas réparation. Je ne cherche pas à me venger. Je ne veux pas faire de vague alors que j’ai recommencé ma vie et que j’ai maintenant des projets d’avenir. Je ne veux pas aller en place publique pour pointer du doigt ou pour accuser l’évêque en question. Je n’ai pas de preuve. Je ne veux pas que ce récit serve à accuser qui que ce soit. C’est de l’histoire ancienne pour moi. Je ne veux pas remuer le passé. Le dossier de mon agression existe. J’ai porté plainte mais sans preuve, on ne peut rien faire. Tout ce qui pourrait être fait, aujourd’hui, c’est une dénonciation publique de masse de tous les prêtres qui ont été abusés ou qui le sont régulièrement au sein de l’Église par d’autres prêtres ou par des personnalités plus importantes. La décision leur appartient de se regrouper pour dénoncer certains agissements inqualifiables mais je ne veux surtout pas être le porte étendard d’une telle démarche. Je veux retrouver ma paix intérieure, tirer un trait définitif sur mon passé et vivre sereinement avec Catherine. Je veux faire la paix avec moi-même sur cet épisode de ma vie.
Comme me l’a conseillé HC, j’ai écrit d’abord ce récit pour moi, pour me libérer, pour remettre de l’ordre à l’intérieur. Je souhaitais aussi que Catherine sache tout.
Si rien de tout cela ne s’était produit, je serais probablement encore prêtre aujourd’hui. Les événements ont changé mon parcours et ma vision de la vie. Je pense néanmoins que j’aurais quitté un jour ou l’autre car il y a tout de même des positions de l’Église qui me heurtent en tant qu’homme. Avec des « si », on mettrait Paris dans une bouteille. On ne peut pas savoir avec exactitude où je serais à l’heure actuelle si je n’avais pas vécu cette expérience et vécu l’enfer de la paranoïa constante depuis les seize années qui ont suivi ce soir-là.
Malgré les événements, malgré mes choix, je ne regrette rien.
Liens sur Internet
http://mag.livenet.fr/post/le-vatican-rejette-un-eveque-homosexuel-4213.html
http://www.voltairenet.org/article7449.html
http://www.come4news.com/pas-dambassadeur-homosexuel-au-vatican-397259
http://resteralecoute.blogspot.com/2010/01/l-abbe-jean-marie-savioz-vit-comme-un.html