Petite leçon de psychologie: le pervers narcissique et ses complices

C’est en me baladant sur le web que je suis tombée sur ce post.  Je n’invente rien. Ce post a été diffusé sur le site http://familles.blogs.liberation.fr le 6 mai 2007 • L’article est signé Serge Hefez •

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Petite leçon de psychologie: le pervers narcissique et ses complices

Les pervers narcissiques n’éprouvent aucun respect pour les autres, qu’ils considèrent comme des objets utiles à leurs besoins de pouvoir, d’autorité, ou servant leurs intérêts. Il font des promesses qu’il ne tiendront pas, sachant que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Pris en flagrant délit de mensonge, ils sont capables de nier avec un aplomb hors du commun…

Charité bien ordonnée commençant toujours par soi-même, ils savent parfaitement et farouchement défendre leurs intérêts dont ils ont toujours une vision très claire. Ils essaient de profiter à chaque instant de toutes les opportunités, de toutes les personnes rencontrées, et ces personnes sont systématiquement instrumentalisées pour en tirer, autant que possible, avantage pour eux. Comme pour tous les narcissiques, tout leur est dû. Ils n’admettent aucune remise en cause et aucun reproche.

Les pervers narcissiques sont incapables d’aimer les autres. Dans leur immense majorité, ils n’ont aucune «humanité», aucun sentiment humain, aucun état d’âme, aucun affect. Ils sont froids et calculateurs, totalement indifférents à la souffrance d’autrui. Mais tout en étant, le plus souvent, incapables d’avoir des sentiments humains, ils simuleront le fait d’être emplis, en apparence, de bons sentiments et d’une sincère empathie pour autrui.

Les déceptions entraînent chez eux de la colère ou du ressentiment avec un désir de revanche. Cela explique la rage destructrice qui s’empare d’eux lors des séparations. Quand un pervers perçoit une blessure narcissique (défaite, rejet), il ressent un désir illimité d’obtenir une revanche. Ce n’est pas, comme chez un individu coléreux, une réaction passagère et brouillonne, c’est une rancune inflexible, implacable à laquelle le pervers applique toutes ses forces et ses capacités de raisonnement. Et alors, il n’aura de cesse d’assouvir son dessein de vengeance.

Les pervers narcissiques ont souvent besoin de haïr pour exister. La haine peut être chez eux un moteur très puissant.

Souvent, le pervers narcissique est quelqu’un qui n’a jamais été reconnu dans sa personnalité propre, qui a été victime d’investissement narcissique important de la part de ses parents et qui a été obligé de se construire un jeu de personnalités (factices), pour se donner l’illusion d’exister.

Du fait d’une histoire personnelle, où il ont été, par exemple le bras armé d’un de leurs parents, les pervers n’ont pas pu se réaliser. Ils observent alors avec envie ce que d’autres qu’eux ont pour y parvenir.

Les pervers narcissiques ne sont jamais sincères, toujours menteurs. Ils peuvent aussi bien dire la vérité que mentir avec aplomb. Le plus souvent, ils effectuent de sensibles falsifications de la vérité, qu’on ne peut pas vraiment qualifier de mensonges, et encore moins de constructions délirantes. Mélanger le mensonge, la sincérité et la franchise —ce qui est, pour l’autre, très déstabilisant— fait partie de leur jeu.

Le déni (de leurs défauts, de l’autre) leur permet de «s’aimer» (et de s’aimer toujours plus). Ils se mentent à eux-mêmes, sur leur vraie valeur, sur ce qu’ils sont réellement. A certains moments, ils finissent par croire à leur mensonge, à d’autres, ils en ont conscience. C’est toute l’ambivalence de la pathologie mythomane. Le pervers narcissique est un «comédien né». Ses mensonges à force d’entraînement sont devenus chez lui une seconde nature.

Sa palette de personnalités, de personnages, d’émotions feintes est étonnante. L’éventail de son jeu d’acteur est infini, sans cesse renouvelé.

Il donne le plus souvent l’image d’une personne parfaitement calme, ne s’énervant jamais.

Le pervers narcissique est le plus souvent doté d’une combativité extrême et d’une capacité de rebond remarquable. Sa mégalomanie, son narcissisme, voire sa paranoïa, renforcent cette combativité. Souvent immensément orgueilleux, voire mégalomane, le pervers narcissique aime gagner, à tout prix, sans fin, et ne peut admettre, une seule fois, de perdre. Il est prêt à tout, même aux coups les plus retors, pour ne jamais perdre. Le pervers est comme un enfant gâté. S’il ne rencontre pas de résistance, il ira toujours plus loin.

A la longue cette tendance, qui peut lui assurer une dynamique du succès pendant un certain temps, devient une addiction. Signe de sa mégalomanie, elle la renforce en retour, et l’amène à ne plus pouvoir tolérer la moindre frustration ou contradiction.

«Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose !» (Beaumarchais).

Le pervers narcissique a le talent de diffamer sans avoir l’air d’y toucher, prudemment, en donnant l’apparence de l’objectivité et du plus grand sérieux, comme s’il ne faisait que rapporter des paroles qui ne sont pas les siennes. Souvent il ne porte pas d’accusation claire, mais se contente d’allusions voilées, insidieuses. A la longue, il réussira à semer le doute, sans avoir jamais prononcé une phrase qui pourrait le faire tomber sous le coup d’une accusation de diffamation.

Situations cliniques :

• Le déni : «La France n’a jamais commis de génocide», en France, on a rien fait, la collaboration n’a pas existé, donc nous n’avons pas besoin de repentance (et on tue en même temps le Père en détruisant le remarquable travail de mémoire accompli par son prédécesseur).

• La diffamation sans y toucher : «ON égorge des moutons dans les baignoires », le ON anonyme du mépris et du colonialisme.

• Frapper l’autre d’inexistence pour le mépriser et le déstabiliser : je ne regarde pas mon adversaire au cours d’un débat, je dis «elle» en regardant un témoin.

• La jouissance du sous-entendu : « Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas». Ce qu’on pense tout bas, ce n’est en général pas très beau, et justement, on ne le dit pas. Ou «en France, on ne peut pas dire les choses» : par exemple, les nègres nous emmerdent, foutons les dehors…

• Provoquer la sidération et l’adhésion de l’entourage en le confrontant à l’horreur absolue : par exemple parler longuement du calvaire de la mère de Sohane pour faire passer une loi sur la récidive.

• Etre mégalomane, ne pas supporter le moindre accro à sa propre image : faire virer un grand patron de presse pour avoir été montré sous les traits ridicules du cocu.

• Enfance : venger une mère abandonnée qu’on ne quitte qu’à l’âge de 28 ans.

• Amour de la traîtrise : prendre pour porte-parole celui qui a trahi et calomnié son propre camp…

Mais vous avez sûrement en tête d’autres situations…

Allez, bonne continuation.

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Ceux qui se sont reconnus dans ce texte sont des pervers narcissiques.

Il existe plusieurs livres qu’on peut lire sur le sujet. Deux livres excellents: « Les pervers narcissiques » de Jean-Charles BOUCHOUX, Éditions Eyrolles, Collection Comprendre & Agir – « Je tu(e) il, psychanalyse et mythanalyse des perversions » de Michel CAUTAERTS, préface de Michel CAZENAVE, Éditions de Boeck, Carrefour des psychothérapies.

Ces livres aident à comprendre les mécanismes de défense, les pièges et les manipulations des pervers narcissiques.

Je voudais partager avec vous un passage de ce livre; un passage très révélateur qui pourra, peut-être, vous aider à identifier les pervers narcissiques autour de vous… ou à vous comprendre mieux si vous en êtes.

« La personnalité narcissique se montre incapable de vraie tristesse et, si on l’abandonne, elle éprouve de la colère, du ressentiment et le désir de vengeance. (…) Dans l’enfance, elle a subi de sévères frustrations dont elle s’est défendue en fusionnant les images de soi et de l’objet idéal. Elle a souvent été utilisée comme miroir narcissisant par une mère en apparence adéquate mais froide en réalité, coupée elle-même de son affectivité. (…) Pour éviter la dépendance, dont elle est persuadée qu’elle entraînerait la maltraitance à son égard, elle s’identifie à son propre soi idéal et projette sur l’autre le reste de son soi, dévalorisé. Parce qu’elle ne parvient pas à construire un véritable surmoi, elle en reste aux précurseurs du surmoi ou à des images personnalisées de parents cruels. En outre, les éléments d’amour du surmoi n’étant pas intégrés à ces éléments interdicteurs, demeurés primitifs, elle fait preuve de soumission afin d’obtenir l’admiration et la gloire, craignant les attaques. Tous les objets, tant internes qu’externes, sont dévalorisés. Le soi de la personnalité narcissique, haineux, vide, enragé de devoir subir des frustrations et rancunier, est rongé par l’envie et la banalité la précipite dans la fuite. Des représentations idéalisées de soi, des ombres dévalorisées des autres et d’ennemis redoutés peuplent son monde. Celui-ci se divise, de manière manichéenne, en deux groupes: d’un côté les grands, riches et importants, dont la personnalité narcissique veut faire partie et de l’autre, les misérables, petits et pauvres, qu’elle méprise. (…) Si elle a l’impression de perdre une source de cette valorisation, elle tombe dans un gouffre dépressif, qui se répète tant que les causes de son épuisement n’auront pas été identifiées et que le lien entre la perte de son estime de soi et l’incident dévalorisant déclencheur, souvent minime, n’a pas été établi. Son sentiment de vide est lié, d’une part, à l’évacuation de son vrai soi et, d’autre part, à la dévalorisation des objets et images d’objets. Vaguement consciente de rater la dimension essentielle de l’existence, une vie affective véritable avec des engagements sentimentaux réels, elle est régulièrement la victime de crises d’envie. Cette dernière, qui entend détruire l’objet par incapacité d’en acquérir les qualités se différencie de la jalousie, désir de prendre la place de l’autre. (…) (Le pervers narcissique) projette sur l’autre ce qu’il considère comme mauvais; l’autre s’en trouve ainsi dévalorisé. Il identifie son moi au moi idéal et à l’objet idéal qu’il amalgame avec son vrai moi. Cependant, même valorisé par cette opération, il demeure fragile et il doit sans cesse se prouver, en recevant des louanges et en travaillant pour qu’on l’estime et le glorifie, qu’il est idéal. Le tribut (…) consiste à devoir sans cesse dévaloriser l’autre, dont il est persuadé qu’il ne manquera pas de le maltraiter s’il se montre faible. De plus, son vrai soi perdu lui laisse un pénible sentiment de vide et pire encore, il n’est plus capable de vrais sentiments, son affectivité est creuse, artificielle, les émotions ne l’intéressent pas. (…) » pages 81 et suivantes.

Dans un tableau à la page 88 et 89 du livre de Michel CAUTAERTS sur les comparaisons générales des pathologies narcissiques, on peut lire que la culpabilité est absente, que la honte est absente mais imposée à l’autre, que le soi grandiose est masqué sous une façade, qu’il ne souffre pas mais jouit de faire souffrir l’autre. On lit encore que la rancune et la vengeance sont persistantes, que le refus, déni sont marquants, qu’il inverse, menace et accuse l’autre. Dans les éléments pervers de ce tableau, on retrouve: les humiliations souvent addictives, les mensonges, les dissimulations et les secrets. L’auteur renvoit le pervers narcissique à une sexualité prégénitale.

En dévalorisant l’autre, le pervers croit se revaloriser. Il appartient donc à la victime de se mettre à l’abri et de ne pas entrer dans le jeu pervers de l’agresseur qui se victimise pour faire porter la culpabilité sur la victime. « Le pervers utilise le déni pour nier ses responsabilités ainsi que la réalité de ses actes. Comme le déni ne suffit pas pour faire face au surmoi, le pervers projette dans l’autre ce que serait sa culpabilité en le culpabilisant » (p. 24 du livre de Jean-Charles BOUCHOUX) En d’autres mots: « L’identification projective est un fantasme dans lequel un sujet projette une partie de lui-même dans l’autre espérant se débarrasser de ses pulsions vécues comme indésirables, cherchant à nuire, à posséder et à contrôler cette autre personne. C’est ainsi que le pervers accuse sa victime et la rend responsable de ce qui lui arrive. Après s’être débarrassé de ses pulsions, il projette ce qui devrait être sa culpabilité dans sa victime, conserve et donne l’illusion d’être quelqu’un de bien, voire même d’être la victime » (page 27)

J’espère que ces quelques extraits pourront vous aider à comprendre le phénomène.