Par Elijah
Témoignage de Macaulay 55 ans
Je suis une brebis galeuse de l’Église. De prêtre catholique romain, je suis devenu pasteur anglican d’une petite ville retirée des États-Unis. J’ai épousé la femme que j’aimais et je continue la célébration de la messe dominicale. Je prêche la parole de Dieu, l’amour du prochain comme Jésus l’a enseigné, etc. et mes paroissiens sont très heureux de mes sermons enflammés qui parlent aussi de tolérance envers les minorités visibles et envers ceux qui ont choisi d’être « différents » dans l’expression de leur sexualité. Plusieurs couples gays viennent m’entendre ! Ils se sentent les bienvenus, non plus rejetés. J’avoue que j’aime les entendre parler de fidélité dans leur couple. Je provoque un peu mes trop sages paroissiens.
Au départ, ce n’était pas évident. J’étais prêtre catholique, constamment freiné par le sentiment de culpabilité. Je culpabilisais dès que je ressentais joie, exaltation, bien-être, bonheur. Dès que je regardais une femme, je récitais une vingtaine d’Ave Maria. Je m’auto flagellais pour avoir eu des pensées impures en regardant une belle silhouette féminine. J’avançais dans la vie en craignant, à chaque détour, de succomber à la tentation. A trente ans, mon corps m’obsédait. Je devais le renier, le cacher, l’emprisonner pour ne pas le sentir vibrer. Je l’épuisais dans le sport. Je voulais l’endormir dans des douleurs physiques, le fatiguer le plus possible, pour tomber endormi comme une pierre jusqu’au matin. Cela m’évitait de subir cette résonnance sourde d’un besoin physique que je niais, malgré moi. Mon corps et moi, nous étions deux étrangers qui, forcés de vivre l’un avec l’autre, s’efforçaient de ne pas trop se regarder. On se respectait mais on ne s’aimait pas. Je le traitais de faible, lui, il me traitait d’aveugle.
Et, à quarante ans bien sonnés, un jour pluvieux, une femme sublime était là, devant moi, dans les premières rangées de mon église. Moi, l’idiot, la première fois que je l’ai vue, j’en ai été tellement bouleversé que j’ai perdu ma concentration. J’ai lu deux fois la même phrase. Personne ne s’en est aperçu ! Puis, elle est revenue et revenue et revenue, mais elle repartait sitôt la messe terminée. J’ai cru à un mirage pendant quelques semaines. Finalement, elle m’a adressé la parole et ce fut la révélation de ma vie ! J’ai su, bien plus tard que, pour elle aussi, c’était la révélation de sa vie. La première fois qu’elle était entrée dans mon église, elle n’était pas venue pour la messe mais pour se protéger de la pluie et elle était quand même restée « par curiosité ». Nous nous sommes découvert des points communs. Nous étions des âmes-sœurs. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois par hasard dans la ville, nos chemins se croisaient sans cesse et ces rencontres nous amusaient. J’ai cru un moment qu’elle me suivait et, elle, de son côté, croyait que je la suivais, alors que nos rencontres étaient vraiment fortuites.
Je ne suis pas tombé amoureux car je l’étais depuis le premier instant où je l’avais vue. Lorsqu’elle m’a parlé de ses sentiments, un peu maladroitement… j’étais prêtre, il ne faut pas l’oublier ! J’ai su ce qui convenait de faire. Il n’y avait rien de sexuel entre nous. Nous étions heureux ensemble et c’était une chose si naturelle, si belle, que, pour moi, l’amour ne pouvait venir que de Dieu, n’est-ce pas ! J’ai suivi cette femme aux Etats-Unis. Je l’ai épousé, après avoir démissionné, assez rapidement, d’ailleurs ! Je n’ai pas attendu la révocation de mon ordination. J’étais certain de mes sentiments pour elle et des siens pour moi. J’ai vécu cette apparition dans mon église comme le signe que le moment était venu pour moi. J’ai commencé à habiter mon corps. Aujourd’hui, nous sommes deux complices.