Par Elijah
Voici le témoignage de TD, un grand ami.
Témoignage
Mon histoire est très simple. Je suis tombé amoureux très tardivement, je ne sais comment d’ailleurs. A mon âge, tout de même ! J’étais aussi surpris qu’amusé par la situation. Le ciel a parfois un curieux sens de l’humour, vous savez !
J’ai fait face au choix déchirant qui oblige un prêtre amoureux à rédiger sa démission. Je n’avais que deux choix : quitter l’Église à laquelle j’avais voué toute ma vie et à laquelle j’étais attaché de façon sincère, soit à tuer en moi cet amour merveilleux. Vu ce que gagne un prêtre, il n’est pas en mesure d’assurer la subsistance d’une famille. Il est plus facile pour lui de continuer à servir l’Église plutôt que faire ce grand saut dans le vide sans parachute. Car c’est véritablement le vide qui l’attend. Si l’Église refuse que les prêtres fondent une famille c’est aussi pour des raisons économiques. J’ai épousé cette femme civilement et la bénédiction a été donnée par mon grand ami, un jeune prêtre que vous connaissez tous, Elijah, envers qui j’ai une dette aujourd’hui. La cérémonie, bien qu’étrangère aux règles du Vatican, a été malgré tout religieuse. Elle a été célébrée dans la plus grande intimité avec seulement quelques amis.
Je poursuis une activité pastorale en dehors de la paroisse, à travers des réunions d’associations où je peux partager ma foi, désormais non conforme aux directives de l’Église catholique romaine. Je puis vous assurer qu’il y a parmi nous des prêtres qui ne sont pas d’accord avec les positions du Vatican, surtout en matière d’éducation sexuelle et de bioéthique. L’Église est d’ailleurs dépassée par les techniques d’insémination artificielle que permettent aujourd’hui les progrès scientifiques. L’abbé Pierre s’était lui-même déclaré non hostile au mariage des prêtres. Ce n’est pas demain, le jour où l’on verra l’Église changer mais il ne faut pas désespérer de la voir prendre le bon chemin lorsque tous ses prêtres ou presque auront décidé de s’afficher publiquement avec leur partenaire de vie, qu’ils soient hommes ou femmes. J’avoue avoir quitté mes fonctions à regret, après l’avoir bien servie, le plus dignement possible, cette Église m’a supprimé ma rente. Aujourd’hui, à soixante-dix ans, je suis un poids pour mon épouse qui est beaucoup plus jeune que moi et qui doit subvenir seule, financièrement, à tous nos besoins. A l’occasion, je rends service à des amis qui ont découvert, chez moi, un petit talent de bricoleur, mais je suis un vieil homme qui se fatigue vite alors je ne peux me lancer dans une seconde carrière à mon âge !
Je ne vois pas pourquoi les femmes ne pourraient pas être ordonnées. Je ne comprends pas pourquoi les hommes d’Église ne pourraient pas avoir la liberté de choisir entre mariage et célibat. Le mariage et la paternité ne doivent pas être considérés comme des obstacles à l’exercice du ministère. Au contraire, les prêtres doivent être en paix avec eux-mêmes et avec le monde qui les entoure pour être à l’écoute des fidèles qui viennent chercher des conseils et même des conseils matrimoniaux ! Il faut en finir avec le mensonge. Beaucoup de prêtres ont des compagnes cachées, parfois des enfants. Ils vivent dans la dissimulation et le sentiment de culpabilité, effrayés qu’on découvre à tout moment leur secret. Beaucoup de prêtres choisissent de vivre leur vie et de renoncer au sacerdoce, j’en connais personnellement. Pour eux, c’est une vraie blessure, comme je l’ai ressentie. L’Église perd souvent de précieux éléments. La situation est malsaine car elle détruit aussi des individus innocents dont leur seul crime est de s’aimer sincèrement. Je ne regrette pas mon choix d’avoir épousé cette femme. Sa patience m’a démontré que son amour était sincère. Nous passions d’agréables moments ensemble, même si, pour cela, nous devions nous cacher. Il n’y avait rien de sexuel entre nous, mais plutôt une grande amitié et un amour resplendissant qui grandissait jour après jour. Au bout de trois ans, j’ai senti que ma sincérité envers elle, envers cet amour que je ressentais, devait être le renoncement de mon sacerdoce. J’estime être un être entier, c’est pourquoi j’ai pris cette décision. Le mensonge me faisait horreur. Il fallait que ça se termine. Nous n’avons pas d’enfants car nous étions trop vieux l’un et l’autre, mais nous vivons heureux ensemble depuis quelques années. Il ne se passe pas une seule journée sans que je ne remercie Jésus d’avoir mis cette femme dans ma vie. La sexualité s’est imposée tout naturellement et nous vivons doucement cet amour qui nous rend heureux.