De la crèche à la messe de minuit (2ème partie).
Noël 1978 : Il fait froid, le ciel est lourd, la pluie sale et grise. Le front des pères de famille portent l’empreinte de leur tourment, les enfants ressentent l’angoisse de leurs parents.
Dans les années 60, dans le bassin de Longwy, une catégorie de travailleurs, les prêtres-ouvriers, furent dépossédés de leurs pouvoirs sacerdotaux, sur ordre spécial de la papauté avec l’appui de l’évêque de Nancy de l’époque. Ces travailleurs de la lumière se sont dispersés n’ayant rien perdu de leur foi ni en Dieu ni en l’Homme.
Autre époque, autres moeurs, Monseigneur Jean Bernard, bien renseigné, n’a pas hésité longtemps avant de décider de célébrer la messe de Noël dans le bassin de Longwy, plus exactement en l’église de HERSERANGE. Les jours précédents, il a dit la messe dans différentes églises du bassin sidérurgique. Je vais à nouveau laisser la parole à Guy-Joseph Feller qui écrit et s’exprime beaucoup mieux que moi :
Cette nuit-là, dans cette ferveur populaire, on pouvait voir à peine dissimulés dans l’ombre de la petite église pleine à craquer des militants communistes connus qui d’habitude restaient en dehors des édifices même lorsqu’il s’agissait de porter à sa dernière demeure un camarade décédé des suite d’un accident du travail, pour reprendre la terminologie officielle. Un pontier tombé de sa cabine, un maçon écrasé dans sa fosse, un haut fourniste brûlé par la fonte en fusion, un aciériste tombé dans le magma en fusion du convertisseur. Ils étaient là, cette nuit là, estimant sans doute que ce n’était pas une messe « comme les autres », pas une vrai messe, mais un office pour aider à la mobilisation des camarades. C’était en somme leur devoir de militants d’être présents et de jouer à fond un consensus qui avait pris corps dans l’immense manifestation du 19 décembre. On trouvait en cette nuit magique la même communion au sens religieux et profane du terme. Même envie de partage : l’eucharistie pour les uns, la flamme militante pour les autres. Même envie d’appartenir à la même communauté : les chrétiens pour les premiers, les hommes en lutte pour les autres. La ressemblance était frappante. Et dans la cohue, chacun faisait corps… par une singulière volonté, puissance née de la multitude rassemblée.
……
Puis Mgr Jean Bernard se rendit sur le site du crassier où les militants CFDT continuaient en cette veillée de Noël à occuper ces lieux hautement symboliques. Il serrera beaucoup de mains bien sûr mais aura aussi une conversation à bâtons rompus, « un dialogue vrai et loyal » pour utiliser son expression, avec les occupants du site pour essayer de les comprendre bien sûr, pour aussi leur apporter une aide morale. « Dans le bassin de Longwy, écrira-t-il ensuite dans « Notre église », j’ai vu tout un peuple qui dans sa diversité des analyses et des moyens proposés, affirme unanimement sa volonté à vivre… Je n’ai pas la compétence…(pour en juger) mais je puis attester que cette affirmation rejoint fondamentalement le cri tant de fois prononcé par les prophètes, pour que les hommes soient respectés et que leurs actions fassent reculer la fatalité ou les projets qui les menacent… »
Je reprends la parole.- Herserange, n’est pas une petite, mais une grande église, il y a beaucoup de place et c’est difficile à chauffer. Souvent chrétiens et hommes en lutte étaient les mêmes personnes. La messe de minuit a rassemblé 1.500 personnes et Mgr Jean Bernard a aussi déclaré : « cette messe n’est pas une recette pour nous en sortir, nous sommes renvoyés à nos responsabilités d’homme pour qu’ensemble, avec les grandes organisations, nous luttions afin que Vive Longwy, je veux vivre avec vous ». A cette messe de minuit, il n’y a pas eu de quête, mais les offrandes furent remises aux organisations présentes, en l’occurrence aux membres de la CGT.
C’est l’occasion pour moi de reprendre les « Evénements de Longwy », mais j’ai encore des blocages.
Cette nuit là, je suis resté à la maison avec mon épouse et mes enfants.
Douce Nuit à vous.