Nuit du 7 au 8 mars 1979
J’attends dans mon break 1100, sous les acacias du parking visiteurs du chateau de la Chiers. Il ne fait pas chaud en cette saison. Une opération « coups de poing » est en cours sur Metz, je n’en sais pas plus, je n’ai pas voulu partir avec le groupe pour une opération tenue secrète. Je n’aime pas conduire dans les villes que je ne connais pas très bien, surtout la nuit. Alors je ne sais plus qui m’a lancé : – ce soir attends nous à la Chiers, je ne sais pas l’heure, tu verras bien…
Celà fait 2 heures que j’attends, je n’ai pas de radio dans la voiture, le temps est long…
L’acièrie juste devant moi crache par intermitence et colore le ciel, jaune, orangé, rouge, blanc, vert, noir pour transformer la fonte en acier.
Des micro-billes d’acier tombent sur le pare-brise. Là haut ils crèvent de chaud et moi j’ai froid, je mets le moteur en route de temps en temps pour réchauffer l’habitacle.
Si ça continue je rentre à la maison, plus de deux heures ça commence à être long……..
Des voitures arrivent, la 4L de la CFDT, la voiture rouge qui est dans tous les coups suivie d’une Rolls….. je rêve ou quoi ? une « ROLLS » à la Chiers ! Les portières claquent, Jeff est juste à deux pas de moi.
– Qu’est qui se passe Jeff ?
– Kidnapping !
– Kidnapping ?
– Ouai !
– Qui ?
– Johnny !
– Johnny Halliday ?
– Ouai, bien sur.
– Whaaa !
Je me dirige vers la Rolls.
– Non pas là, il est dans la 4L avec Robert. Là c’est son manager, il a pris la bagnole pour le retour, on n’assure pas le retour, l’aller c’est déjà bon.
– Et les journalistes ?
– Y en a pas, on va leur téléphoner !
Johnny sort de la 4L, un peu étonné devant toutes ces lueurs, ce bruit, ces poussières. Le grand-Robert lui explique en gros l’acièrie…. Mais comment entrer dans l’usine qui est entièrement close ? Simplement en sonnant aux Grands Bureaux. Le concierge vient à la fenêtre.
– C’est Johnny Hallyday qui vient visiter l’acièrie.
???? La porte s’ouvre, le concierge de ce soir je le connais, c’est le beau-père d’un copain d’enfance. J’espère qu’il n’aura pas d’ennuis. Il fait signer le livre des visiteurs, remet un casque et des lunettes à Johnny et à son manager, nous autres comme toujours avons ce qu’il faut. Il téléphone à l’acièrie pour prévenir de notre visite….
Nous traversons les rails, et entrons dans l’acièrie – La vedette tréssaute à chaque « boum », nous montons, descendons de passerelle en passerelle guidés par un acièriste, qui explique et qui explique avec de grands gestes, je suis à deux mètres, mais je n’entends rien de ce qu’il dit tellement il y a du bruit, ça a l’air d’intéresser Johnny. Ca chauffe mais parfois il y a un courant d’air glacé. J’arrive à me rapprocher pour écouter ce que l’idole dit :
– … et dire qu’il y a des hommes qui vivent dans cet enfer….
La vedette a sali son imper, c’est sûr, il est tout rouge par endroits. La visite finie nous regagnons les véhicules, le concierge nous a ouvert le portail de coté. Jeff m’explique :
Tu aurais vu « Grand » au Sofitel de Metz, ils ont eu la trouille de leur vie, pourtant on n’a rien fait, on est rentré s’asseoir dans les fauteuil pendant que les Robert et R. allaient négocier avec le directeur, puis le manager et ensuite le Johnny……
Je dis aurevoir aux copains, ils discutent pour voir s’ils vont à la tôlerie de Mont-Saint-Martin ou au train fils de Saulnes, moi je vais me coucher, dans quelques petites heures je reviens, mais ce sera pour travailler. Eux continuent la visite des usines.
J’ai 36 ans, donc Johnny a 35 ans, et il n’y a toujours pas de journaliste. A quoi ça sert de faire un coup pareil s’il n’y a pas la presse ?
Le concierge n’a pas eu d’ennui, il a même été félicité d’avoir ouvert le portail du côté, parceque nous aurions pu envahir et occuper les Grands Bureaux, une fois de plus.
Le lendemain, lorsque je porte au directeur mon rapport journalier de fabrication, il me demande :
– Vous étiez à l’acièrie cette nuit ?
– Oui Monsieur !
– Je m’en doutais !
Quelques années plus tard,johnny est revenu à Longwy rejoindre sa compagne Nathalie Baye qui tournait dans la région « J’ai épousé une ombre ». Il a demandé des nouvelles de ses ravisseurs.