Evènements de LONGWY 1978-1979 (8)

Aujourd’hui je laisse encore la parole à Guy-Joseph Feller, pour vous montrer comment les journalistes étaient embarqués pour les opérations  » coups de poing » – je n’étais pas de cette opération – je reprendrai après les opérations où j’ai participé.
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(…) On savait que nos lignes étaient sur écoute… ou du moins on le prétendait dans un fantasme qui nous faisait rire. Du reste on commençait souvent nos conversations par un petit salut aux « camarades policiers »,- qu’on appelait par leurs prénoms – censés nous écouter… Cela devait les faire sourire… ces fantômes en impers couleur muraille.

Pas le droit de connaître la destination de cette opération « coups de poing » et surtout pas le droit de prendre ma propre voiture. J’étais embarqué dans une opération dont je ne connaissais rien et surtout sans possibilité d’en informer ni mes supérieurs ni mes collègues. J’étais seul dans la voiture. Mais un autre journaliste en avait été informé, un photographe de l’AFP, Claude Laval, que je savais proche des milieux cédétistes de Longwy. Il avait du reste comme beaucoup de journalistes établi son QG au siège même de la CFDT, rue du Colonel Merlin. Il vivait à demeure à Longwy comme beaucoup d’autres envoyés spéciaux (dont deux équipes d’Antenne 2 emmenées par Jean-Claude Renault, Corinne Pertuis et Geneviève Moll) et descendait de temps à autre sur Metz pour rapatrier ses pellicules. Claude avait les yeux rieurs et la moustache combattante… bon journaliste certe mais avide de coups sensationnels (les fameux scoops!) d’autant qu’il n’était pas le seul représentant des agences de presse présent à Longwy (Reuters était là ainsi qu’une agence belge) sans oublier les journalistes free lance! Des francs tireurs difficiles à contrôler!

Lorsque les voitures prirent la direction de Metz, je m’imaginais que l’action pourrait se dérouler en direction de la Préfecture de Région à Metz. Mais elle devait sans doute faire l’objet d’une surveillance accrue car les Longwy avaient déjà occupé à peu près tout ce qui était officiel dans un grand secteur comme par exemple la Banque de France ou l’Ambassade de France à Luxembourg, l’ANPE, les gares, les banques, les tribunaux, la Trésorerie principale, le Centre des Impôts et même à Paris… la Tour Eiffel ! Et on se méfiait en haut lieu de ces coups de poing qui faisaient si mal au Pouvoir en place parce qu’ils n’entamaient pas le crédit des Longwy auprès de la population au plan national. Au contraire… (…).

Mais ce soir du 5 février 1979, ce n’était pas la Préfecture de Région qui était visée ni la Préfecture de Meurthe-et-Moselle, ni une quelconque grosse administration mise sous alerte permanente mais une proie plus facile…la Sous-Préfecture de Briey dont la région de Longwy dépend administrativement, à quelques dizaines de kilomètres des lieux d’affrontements. Pourquoi ce lieu hautement symbolique et siège de l’Etat rendu responsable du naufrage de la sidérurgie longovicienne n’était-il pas mieux protègé, Je ne sais pas… à croire que le Pouvoir ne pensais pas qu’un aussi « petit » objectif pouvait intéresser les métallos de Longwy. Pourtant c’est vers le chef-lieu d’arrondissement que la dizaine de voitures se dirigeait en cette froide nuit de février… Les manifestants avaient garé leurs voitures assez loin pour éviter de se faire repèrer et se rendirent à pied par les petites ruelles du vieux quartier de Briey vers le Bâtiment administratif.

(a suivre)