Aujourd’hui Marcel DONATI. ( textes tirés de « L’écorchée vive » de Guy-Joseph Feller – Editions Serpenoise –
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Marcel à l’époque était un produit pas trop fiable des « écoles du parti »(qu’il n’a sans doute jamais fréquentées). Ses prises de positions, ses coups de gueule légendaires (et appréciés des militants de base), sa manière bien à lui d’argumenter, sa sincérité, sa puissance au service de ses idées en font un personnage à part dans le panthéon social de Longwy. Avec beaucoup d’autres bien sûr dont nous aurons à reparler. Mais Marcel était une sorte d’icône de cette classe ouvrière en révolution permanente et qui voulait montrer d’elle-même autre chose que les clichés des manuels de notre histoire sociale et politique. Il était souvent inattendu même pour ceux qui eurent à le côtoyer dans les dernières de sa vie… et qui furent impressionnés par sa lucidité et sa force de caractère.
Cette nuit-là, par exemple, dans les grands couloirs des Grands Bureaux de Mont-Saint-Martin, Marcel déambulait en récitant de la poésie… Pas les récitations de l’école primaire de son enfance, mais des poèmes écrits par ce « cancre de macaroni », comme l’appelait son instituteur de Lexy, cet ouvrier qui s’était découvert des bonheurs d’écriture, ce célibataire endurci qui avait découvert l’amour à cinquante ans… et le théatre alors que la maladie le grignotait déjà et l’entraînait irrésistiblement vers la mort qu’il a regardée en face avant de lui accorder la dernière danse.
– Donati, tu peux pas nous foutre la paix !
Marcel avait regardé l’intrus de ses yeux vifs et l’avait brocardé en révélant son caractère parfois impétueux!
– C’est pas parce qu’on a pas fait d’études qu’on est des cons! On peut aimer ça…
Il avait fait un large geste bras tendu en désignant l’usine qui grondait à côté.
-… et s’intéresser à la littérature, à la poèsie, au théatre… Le savoir est un pouvoir… alors prenons le savoir… d’assaut s’il le faut. Et toi…
Il pointait son doigt sur le moitié-réveillé qui se cachait derrière sa casquette…
-… Tu fais honte à la classe ouvière!
Le Marcel était reparti en continuant à déclamer des vers qui sentaient bon la sueur, le travail, la solidarité, la fraternité des êtres, l’éternité des choses. Mais aussi des valeurs plus personnelles et plus intemporelles comme l’amour, l’amitié, les relations aux autres souvent difficiles mais toujours exaltantes. Du Marcel marchant au milieu des hommes endormis ou réveillés en râlant , (…) Car cet athée sans concession était évidemment perturbé par des questions essentielles tournant autour de la croyance. En qui croire si Dieu n’existe pas? En l’homme bien sûr même s’il n’est pas digne de l’amour que je lui porte…
(…) Un prolétaire qui pense, un ouvier – un vrai – qui ose poser de vraies questions comme un prof de philo, voilà quelque chose qui devait faire tilt dans les milieux médiatiques de la capitale. Le Marcel devint assez rapidement la coqueluche des médias. On se l’arrachait sur les plateaux TV après une mémorable soirée passée à parler de la classe (de la claque?) ouvière dans l’émission « détonante » de Michel Pollack, Doit de réponse…
Face à l’intelligentsia parisienne et pharisienne (de gauche cette fois…), le prolo de Longwy avait frappé par sa puissance de conviction, par son parler sans fioritures, sa parole forte et vraie…Un ouvrier, un vrai ouvrier dans une émission d’intellos de gauche (mais au demeurant intéressante pour sa liberté de ton) parlant haut et fort, sans timidité, sans appréhension, tordant le cou aux vieux clichetons d’une classe ouvière bête comme ses brodequins et tout juste bonne à débiter des slogans éculés et à défiler entre République et Nation alors que les cocus sont au balcon! A rétorquer aux donneurs de leçons qui ont appris dans les livres la gréviculture intellectuelle et savent vous faire du Germinal avec le coup de gueule des salariès de la supérette du coin de la rue…Face aux pros de la parlotte, le vrai, l’authentique, le débroussailleur de préjugés…
Marcel aura été appelé au chevet d’émissions malades de leur faible audience pour tenter de requinquer par son franc-parler les courbes de l’audimat. On l’a vu à La Marche du siècle de Jean-Marie Cavada jouer les prolétaires courroucés par la désinvolture des hommes politiques qui cassent les hommes aussi facilement qu’il ferment les usines mais aussi dans tous les reportages, rétrospectives, émissions, sur tous supports : télés, radios, magazines, quotidiens, cinéma, théatre, etc., dans toutes les langues, dans tous les formats…assurant le service après-vente d’une classe ouvrière qui n’a jamais été aussi belle et aussi célébrée. Mais en route vers son paradis… sans espoir de retrouver un jour une seconde jeunesse jeunesse!…
(A SUIVRE)
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Je voulais vous dire :
– dans les couloirs des grands bureaux de Mont-Saint-Martin, c’était pendant une occupation des lieux par les ouvriers, c’était la nuit, c’est à dire l’heure de dormir, d’où le différend.
– L’écorchée vive de Guy-Joseph Feller est le livre dans lequel il y a le moins d’erreurs, j’en ai relevé quelques-unes que j’ai transmise à l’auteur.