Je vais laisser parler diverses personnes, pour vous mettre dans le contexte. C’est le monde de l’Acier en fusion, vous comprendrez peut-être mieux les paroles de Bernard Lavilliers. Je laisserai aussi de petits commentaires.
L’ANGOISSE D’UNE FEMME DE SIDERURGISTE . 1965
« Je ne sais pas si mes voisines sont comme moi, mais ce n’est pas sans angoisse que je regarde chaque jour mon mari partir à l’usine. Combien de fois lui en ai-je fait part?… Mais lui, il s’est toujours contenté de sourire en déclarant, après avoir croisé fortement les doigt, qu’en cas de malheur, grâce aux assurances, je n’aurais plus de souci à me faire quand à mon avenir. Ce qu’il peut-être bête dans ces moments-là mon homme!…
Vu que nous logeons à proximité de l’usine, au moindre bruit suspect, je sursaute! Je ne vous dis pas dans quel état d’excitation me met le hurlement de la sirène et si, dans les minutes qui suivent, j’entends les pompiers, je laisse sur le champ mes affaires et je me rends au poste de garde pour me renseigner.
Au début de notre mariage, j’ai espéré que mon époux changerait de boulot. Mais son métier c’est sa vie!… Il m’assure qu’il ne sait rien faire d’autre!… Quand je vois ses tricots de peau rendus comme des passoires à cause des projections de fonte liquide, je me dis qu’à part quelques légères brûlures qu’il oublie très vite, c’est un miracle qu’il ne lui soit rien arrivé de grave. Il est fort, mais ça ne lui rend pas service de travailler dans des endroits où la chaux, les poussières métalliques, et les fumées – sans compter la chaleur bien souvent insupportable et les multiples accidents – auront un jour raison de sa santé.
Dans quelques années, ce sera le tour de mon premier fils de prendre la musette. Mon angoisse ne s’arrangera pas, je le crains! Et c’est pour cela que je dis à mes filles que la plus belle chose qui puisse leur arriver, c’est de ne jamais devenir l’épouse d’un sidérurgiste. »
Texte tiré de :Rumeurs d’usines, très bel ouvrage, très beaux textes de mon ami Serge TRUBA ( je l’appelle le parasite, parceque lorsque j’expose, il vient toujours coller auprès de mes toiles , ses poèmes ayant un rapport avec ces toiles), superbes photos également de Sylvain DESSI, que j’ai rencontré lors d’un vernissage à la Galerie Artzoom. aux éditions Serpenoise je ne le connaissais pas avant.
******
Je voulais vous dire : les pompiers faisaient partie de l’usine, les blessés étaient emmenés à l’infirmerie de l’usine, portés sur des brancards ce qu’il y a plus simple, deux brancards reliés par une toile, les tués emmenés à la morgue de l’usine (qui se trouve à l’infirmerie, mais par une porte de coté) l’infirmier lavait les corps ou ce qu’il en restait, dans certains cas il voulait bien les montrer aux camarades de travail de l’intéressé, les blessées graves partaient à l’hôpital à bord de l’ambulance de l’usine.
Le chef de service ou l’assistance sociale prévenaient les familles, c’était ça aussi l’USINE.
A bientôt, avec Marcel DONATI.