L’histoire d’Elijah

Il faisait gris, c’était un jour de pluie.
Ce jour-là, avant de remonter sur Paris,
Il nous a mystérieusement rassemblés
Et il nous a dit ce qu’il nous avait caché.
J’ai compris cette souffrance dans ses yeux
Habituellement si lumineux.
La mort dans l’âme, il n’a pas voulu élaborer
Le sujet ne devait pas même être abordé.
« Laissez-moi vivre mon deuil », qu’il a dit,
« Parce que je ne peux pas aller les voir en Italie ».
J’ai hoché la tête et je suis resté silencieux,
Un Dada qui ne parle pas, c’est du sérieux !
Gabriel a murmuré en italien qu’il était désolé,
Incapable de se contenir, Catherine a pleuré.
Barbara m’a instinctivement enserré contre elle.
Pour Elijah, la vie avait encore été cruelle.
Savannah a été là pour lui,
Elle l’a veillé le jour et l’a consolé la nuit.
Le confinement n’autorisait pas les longs déplacements,
Mais nous avions pu nous sauver de Paris avant le grand déploiement.
Chez Tonton et Tata, nous étions sous un même toit,
Heureux de notre bonne fortune pendant des mois.
On voyait bien qu’Elijah en avait marre d’être confiné,
Il faisait les cent pas toute la journée.
Il fuyait les discussions, sautait des repas et se retirait.
Savannah, un peu gênée, toujours nous rassurait.
« Comme vous savez, il est plutôt intraverti… »
On ne pensait jamais qu’il vivait le drame de sa vie.
« Tout va bien ? », lui ai-je un jour demandé.
A son silence, j’ai su qu’il n’allait pas s’expliquer.
« Saleté de maladie ! »
C’est tout ce qu’il a dit.
Je m’en souviens comme si c’était hier,
Je ne pouvais pas me douter qu’il avait perdu père et mère.
Il nous a laissé dans l’ignorance,
Et il a fait de ce confinement des vacances.
Pendant que nous étions heureux,
Lui était des plus malheureux.
Ce jour-là, avant de remonter sur Paris,
Il nous a presque tout dit.
On a su plus tard qu’ils avaient été inhumés
Et qu’aussi longtemps qu’elle avait pu, sa mère l’avait réclamé.